Au moment où les autorités ukrainiennes annoncent avoir repris des territoiresaux forces d’occupation russes, leur contre-offensive a encore de quoi intriguer. Annoncée avec insistance depuis l’automne 2022, cette campagne d’été 2023 s’est longtemps fait attendre. Si bien qu’elle finissait presque par apparaître comme le Godot de la pièce de Samuel Beckett : son arrivée semblait imminente, mais ne survenait jamais. En ce début juin 2023, elle semble enfin avoir conjuré la « malédiction Godot » : le ministère russe de la Défense, puis les responsables de Kiev, ont admis qu’elle avait bel et bien démarré.
Si l’Ukraine a si longtemps assuré que cette opération de grande envergure se produirait sous peu, sans que ce soit le cas, c’est parce que, à l’échelon tactique, il est indispensable d’entretenir le flou autour des modalités de l’action militaire pour que celle-ci bénéficie de l’effet de surprise. Toutefois, plusieurs interrogations demeurent sur cette contre-offensive.
Sur sa temporalité, d’abord : pourquoi est-elle lancée à l’été 2023 et pas plus tard ? Par exemple quand les équipements militaires promis par les Occidentaux auront été intégrés dans les forces armées et quand l’effort de guerre russe se sera encore davantage émoussé sous le coup des sanctions et du poids que représente pour Moscou une occupation miliaire de 20 % du territoire ukrainien ?
Sur ses objectifs stratégiques, ensuite et surtout : s’agit-il, pour Kiev, de rechercher une victoire finale ? Ou bien de préparer le terrain à des négociations dans l’Ukraine entrerait en position de force ? À force de spéculer sur le « quand ? » et le « où », nous avons peut-être négligé de réfléchir sur le « pour quoi » de ces opérations…
Retrouvez mon analyse sur The Conversation France republiée sur Slate.fr et le JDD.

