Par Amaury Coutansais-Pervinquière
Publié le 26/05/2024
ENTRETIEN – Les Géorgiens, qui fêtent l’indépendance ce dimanche, vivent «dans un rejet des Russes et la hantise» d’une nouvelle guerre avec le puissant voisin, analyse Florent Parmentier.
Florent Parmentier est docteur en Science politique, secrétaire général du CEVIPOF (centre de recherches politiques de Sciences Po Paris), et chercheur associé au Centre de géopolitique d’HEC. Il est l’auteur des Chemins de l’État de droit ; La voie étroite des pays entre Europe et Russie (Presses de Sciences Po, 2014).
LE FIGARO.- La Géorgie, qui fête son indépendance ce dimanche, est secouée par des manifestations depuis le 15 avril contre l’adoption d’une loi, calquée sur le modèle russe, d’encadrement des financements étrangers. Celle-ci, comme l’occupation d’une partie de son territoire, semble diminuer son autonomie. Quelle est l’influence de l’ancienne puissance coloniale ?
FLORENT PARMENTIER.- Moscou a une place paradoxale en Géorgie. La Russie est le pays dont les Géorgiens se méfient le plus, parce qu’ils ont en mémoire les guerres de 1991 et de 2008. Le puissant voisin occupe toujours 20% du territoire. La population vit avec un rejet de la Russie, ainsi que la hantise de reproduire les conditions qui ont conduit l’intervention militaire d’août 2008. Le Rêve géorgien, le parti au pouvoir, a construit un discours en s’appuyant à la fois sur les valeurs traditionnelles et en faisant porter le poids de cette intervention sur Mikheil Saakachvili (président de la Géorgie en 2004-2007 et 2088-2013) qui était allant pour recouvrer militairement l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.
Le gouvernement avait adopté une telle loi l’an dernier avant de la retirer. Son nouveau passage au Parlement en avril a déclenché des manifestations monstres, et son adoption a été empêchée par le véto présidentiel. Cependant, le gouvernement, en conflit ouvert avec la présidente pro-européenne, juge disposer d’une majorité suffisante pour passer outre. Pourquoi un tel passage en force ?
D’abord, cette loi n’est pas choquante a priori. L’État peut vérifier la provenance et la destination des financements étrangers. En France, par exemple, nous aimerions savoir qui finance telle ou telle mosquée, sans que l’Hexagone soit taxé de pays dénué de liberté. On reproche aux Géorgiens ce que nous pourrions considérer de faire nous-mêmes. C’est certainement l’utilisation qui en sera faite qui devra être scrutée.
Les Européens peuvent dire, à raison, que les autorités jouent un jeu dangereux en polarisant l’opinion. Le passage en force pose problème. Comment interpréter une telle obstination ? Elle ressemble nettement à un forçage inspiré par Moscou !
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