Comment Poutine entend désoccidentaliser le sport mondial (PARMENTIER – L’Est Républicain)

L’autre guerre de Poutine

Eté 2021. L’hymne soviétique, repatiné en hymne russe tout un symbole s’élève à vingt reprises dans la moiteur torride de Tokyo. Avec 71 médailles, les sportifs du plus grand pays au monde se classent à la cinquième place derrière les intouchables Américains et Chinois. L’honneur est sauf. La fierté intacte. (…)

« Parmi les idées importantes de cette doctrine, il y a ce concept de majorité mondiale qui renvoie à deux choses. La première est qu’il est difficile d’inclure géographiquement la Russie dans la notion du Sud global en tant qu’alternative à l’occidentalisation du monde. La deuxième idée sous-tend que lorsque vous parlez de majorité mondiale, vous l’opposez à une minorité mondiale. En gros, ce que l’on appelle le milliard doré, en référence à la population des pays relevant du système occidental. Et que le concept de soft power repose sur une vision du monde et d’atouts qui sont américains et qu’il faut inventer autre chose. D’où la nécessité de pousser dans différents domaines vers des voies de désoccidentalisation », pose Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po Paris et spécialiste de l’Europe de l’Est post-soviétique.

« Dans ce cadre, poursuit-il, il s’agit de lutter sur le plan monétaire contre la prédominance du dollar mais aussi au niveau culturel et des valeurs, dont le sport est l’une de ces dimensions à désoccidentaliser. »

Cette ambition, loin d’être nouvelle, nous ramène même un siècle en arrière. « Après la révolution de 1917, l’Union soviétique avait été marginalisée dans le système sportif international. Moscou avait alors tenté de créer sans réel succès des Jeux olympiques alternatifs prolétariens dans l’entre-deux-guerres », rappelle le secrétaire général du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po).

La victoire commune des Alliés et des Soviétiques face au nazisme a ensuite permis une réintégration du bloc communiste dans le concert sportif mondial. « Cette réintégration était une forme d’acceptation de l’existence de deux systèmes en concurrence. Avec, derrière, l’idée qu’il était nécessaire de trouver des terrains communs qui ne soient pas militaires où l’on puisse se mesurer, contextualise Florent Parmentier. Une partie importante de l’image renvoyée par l’URSS en dehors de ses frontières passait par de grandes victoires sportives et de grands champions. Avec l’arrière-pensée de montrer que les jeunesses soviétiques socialistes étaient travailleuses et concentrées sur leurs objectifs. »

Lors de son accession au pouvoir en 1999, Vladimir Poutine n’a pas dévié d’un iota de cette ligne. « Après la chute de l’URSS, la normalisation de la Russie dans l’espace international est passée aussi par le sport. La volonté du nouveau maître du Kremlin a été de l’utiliser comme un levier pour renvoyer une image positive de son pays », complète Florent Parmentier.

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