déstabilisation•A l’approche des élections législatives, la présidence moldave, pro-UE, est la cible d’importantes campagnes de désinformation de la part des propagandistes russes
L’essentiel
- La présidente moldave Maia Sandu a été ciblée par 39 fausses informations diffusées par les réseaux de propagande pro-Kremlin ces trois derniers mois.
- Elle « revendique et incarne » le rapprochement de la Moldavie avec l’Union européenne, comme l’explique le chercheur Florent Parmentier.
- Cette campagne de désinformation s’explique par l’enjeux des prochaines élections législatives, qui se tiendront le 28 septembre dans un pays polarisé.
(…) Les efforts russes pour ternir l’image de la présidente pro-UE de ce pays de 2,5 millions d’habitants s’expliquent notamment par l’approche des élections législatives, prévues le 28 septembre. Comme l’explique Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et spécialiste de la Moldavie, l’opinion publique et le champ politique du pays sont fragmentés. « Une partie soutient massivement le projet de Maia Sandu de se rapprocher de l’UE. Une autre partie, également significative, hésite voire souhaite plutôt un rapprochement avec la Russie. Le pouvoir russe pense que le pouvoir moldave est plus fragile qu’il n’y paraît. »
L’an passé, le « oui » au référendum pour l’inscription dans la Constitution de l’objectif d’adhésion à l’Union européenne ne l’avait emporté d’une très courte majorité (50,35 %). « Lors de l’élection présidentielle de 2024, ce sont les diasporas qui avaient fait la différence. Sur le territoire même de la Moldavie, la présidente avait été battue car la situation macroéconomique du pays est compliquée », détaille le spécialiste. L’enjeu est donc de taille pour ces prochaines élections. « L’objectif n’est donc pas nécessairement pour la Russie de remporter une majorité sur les prochaines législatives, mais de mettre Maia Sandu en position de majorité relative. Cela l’obligerait déjà à faire alliance avec d’autres partis, qui pour certains pourraient plus facilement être manipulés par la Russie. »
D’autant plus que la Moldavie a à l’Est de son territoire la Transnistrie, province séparatiste pro-russe. « Pendant longtemps, la Russie a hésité entre deux politiques : que la Transnistrie soit indépendante ou qu’elle fasse partie de la Moldavie, pour tenter de contrôler l’ensemble du pays. Jusqu’à présent, c’est la seconde option qui s’est imposée », observe Florent Parmentier.
Maia Sandu est par ailleurs très soutenue par sa base pro-Union européenne. Sa large majorité obtenue lors des précédentes élections législatives en 2021 lui a en effet permis de lancer d’ambitieuses politiques de réforme et de rapprochement avec l’Europe. « Elle revendique et incarne ce rapprochement avec l’UE », analyse le docteur en sciences politiques. La Moldavie a officiellement demandé à intégrer l’Union européenne en mars 2022 et a obtenu le statut de candidat quatre mois plus tard. Les dirigeants de l’UE ont décidé d’ouvrir les négociations d’adhésion avec le pays, entamées en juin 2024.
(…) Pour Florent Parmentier, la désinformation russe pourrait également à l’avenir être accentuée par les nationalistes roumains. « Maia Sandu a beaucoup poussé en faveur de l’élection de Nicușor Dan (président pro-européen), et il est possible qu’une partie des nationalistes roumains soient désireux de prendre une revanche, au moins symbolique, sur la présidente ».
