La «grande verticale» atlantique, un nouvel acteur de la géopolitique mondiale ? (MACHROUH / PARMENTIER- Le Matin)

Face à la montée des tensions sino-américaines et au risque de marginalisation de l’Europe et de l’Afrique, deux experts en géopolitique proposent une solution audacieuse : créer une Communauté de l’Atlantique oriental. Jamal Machrouh, Senior Fellow au Policy Center for the New South, et Florent Parmentier, secrétaire général du CEVIPOF de Sciences Po, défendent dans la revue «Le Grand Continent» l’établissement d’un axe géopolitique structurant entre les deux continents. Cette «grande verticale» s’appuierait sur la proximité géographique, la complémentarité économique et énergétique, ainsi que sur la nécessité de mutualiser les capacités face aux défis globaux. Un projet ambitieux qui pourrait redéfinir les équilibres régionaux.

«Le Grand Continent», édité depuis mai 2019 par le Groupe d’études géopolitiques de l’École normale supérieure, s’est rapidement imposé comme une référence, publiant l’équivalent de 310 pages hebdomadaires en cinq langues et réunissant plus de 1.650 signatures du monde de l’art, de la science et de la politique… C’est dans cette revue reconnue d’intérêt général que Jamal Machrouh, expert en géopolitique et relations internationales au Policy Center for the New South, et Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), viennent de publier une analyse prospective majeure. Leur proposition ? Inventer une «Communauté de l’Atlantique oriental» pour faire face aux bouleversements géopolitiques contemporains.

L’urgence d’une réponse stratégique face à un monde en recomposition

Les deux chercheurs partent d’un constat alarmant : l’Europe et l’Afrique risquent la marginalisation dans un ordre mondial dominé par la rivalité sino-américaine. «Le retour des guerres de haute intensité et la rivalité sino-américaine induisent des risques de déclassement et de marginalisation à la fois pour l’Europe et l’Afrique», alertent-ils dans leur analyse.

Cette vulnérabilité stratégique accrue s’explique par plusieurs facteurs. D’un côté, l’Union européenne, malgré sa puissance économique, «peine à s’imposer comme acteur stratégique». Son incapacité à prévenir la guerre en Ukraine et ses difficultés à parler d’une seule voix sur le conflit israélo-palestinien illustrent parfaitement ces limites. De l’autre, l’Afrique se retrouve courtisée par les deux superpuissances : «la Chine y poursuit une stratégie d’investissement massif, tandis que les États-Unis tentent de regagner leur influence en soutenant des projets de développement et de coopération dans le domaine sécuritaire». Face à cette situation, M. Machrouh et Parmentier plaident pour l’émergence d’une troisième voie : celle de la coopération verticale entre l’Europe et l’Afrique le long des côtes atlantiques.

Retrouvez l’article de Brahim Blokiss sur le site du journal Le Matin.

WhatsApp