De Caracas au Groenland, de Kiev à Téhéran, Donald Trump multiplie annonces abruptes et revirements, brouillant les alliances et franchissant une fois de plus les lignes rouges du droit international. De l’autre côté de l’Atlantique, comment l’Europe peut-elle réagir?
Avec
Tara Varma, chercheuse invitée à la Brookings Institution, Washington
Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), chercheur associé à l’Institut Jacques Delors
Frédéric Charillon, professeur de Science politique à l’Université Paris Cité et à l’Essec.
Gilles Gressani, chercheur en sciences politiques
En une semaine, la première de l’année, Donald Trump nous a littéralement donné le tournis. Hier, annonce de frappes à terre au Mexique contre les cartels de la drogue et avertissement au régime iranien, mercredi arraisonnement d’un pétrolier battant pavillon russe, samedi dernier arrestation de Maduro, menaces sur Cuba, la Colombie et le Groenland, sans oublier le retrait de soixante-six organisations internationales et la promesse d’une nouvelle augmentation du budget du Pentagone. Pourquoi un tel feu d’artifice si ce n’est pour marquer à sa façon le premier anniversaire de son retour au pouvoir, un pouvoir qu’il conçoit sans limites, mis à part son propre sens de la morale, comme il vient de le déclarer sans pudeur au New York Times ?
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On savait la prédilection du 47ème président pour le grand spectacle et les bonnes audiences à la télévision, son narcissisme, sa stratégie constante de saturer l’espace médiatique et les réseaux sociaux : on atteint là une sorte d’apothéose. Seulement voilà : comme il aime à le répéter, Donald Trump est bien l’homme le plus puissant du monde. Les Américains ne lui en savent pas suffisamment gré, se plaint-il, puisque sa popularité est en berne dans les sondages, le coût de la vie ne faiblit pas, et le durcissement policier révolte une bonne partie de l’opinion publique, surtout ces jours-ci depuis la mort d’une jeune femme à Minneapolis.
Les Etats-Unis et le monde : une puissance prédatrice
Distorsion ou contournement des lois nationales, mépris du droit international : les deux démarches vont de pair. Alliés, rivaux et ennemis des Etats-Unis sont désormais traités à la même enseigne, en tout cas par les idéologues les plus fervents de la Maison Blanche, et la riposte n’est pas évidente. Le Kremlin reste étonnamment placide depuis l’affaire du pétrolier, sauf à frapper l’Ukraine d’un missile balistique, d’une pluie de drones et à fustiger les Européens volontaires pour la défendre. La Chine, directement atteinte dans ses investissements économiques au Venezuela et en Amérique latine, annonce des poursuites par voie légale mais savoure des propos ambigus au sujet de Taïwan.
Au Venezuela, le deal est clair : le régime chaviste reste en place, le scalp de Maduro est accroché au tableau de chasse présidentiel, et le pétrole sera exclusivement destiné aux raffineries américaines. Quant aux Européens, ils n’ont d’autre choix que de faire face à l’évidence : les Etats-Unis sont aujourd’hui cette puissance impériale, coloniale, prédatrice, qui entend leur imposer ses exigences et même son idéologie MAGA pour peser sur leurs propres échéances électorales.
Comment comprendre cette escalade, quels sont les freins à cet emballement, comment réagir, quelles limites imposer à ce démiurge impérial ?
Nos invités :
Tara Varma a écrit avec Sophia Besch l’article “Alliance of Revisionists: A New Era for the Transatlantic Relationship”, paru en avril 2025 sur le site de l’International Institute for Strategic Studies ;
Florent Parmentier fera paraître en mars 2026 le livre Géopolitique de l’Eurovision aux éditions Bréal.
Frédéric Charillon a publié l’ouvrage Géopolitique de l’intimidation. Seuls face à la guerre ? en 2025 chez Odile Jacob.
Gilles Gressani a dirigé la publication du livre L’empire de l’ombre : guerre et terre au temps de l’IA, paru aux éditions Gallimard en avril 2025.
