L’Arctique, objectif stratégique de la Russie

images

Christina VENARD – 16 juin 2015

Abstract: The Arctic region significantly is at the core of  the renewal of Russian power. The emergence of new opportunities has led Moscow to consider the region as a way to reaffirm its influence on the regional and global scenes.

Une stratégie entre légitimité juridique et diplomatie offensive

L’ambition de la Russie en Arctique vise avant tout la reconnaissance et la pérennisation de son influence à l’échelle régionale. La revendication de certains territoires arctiques est fondamentale pour les autorités russes. La position adoptée par Moscou sur le sujet apparaît néanmoins ambiguë, conjuguant respect des cadres juridiques et diplomatie dite « offensive » (1).

En matière de revendications territoriales, la Russie cherche à s’imposer face aux autres Etats riverains de l’Arctique en refusant, dans un premier temps, l’unilatéralisme au profit de la concertation. En décembre 2001, elle a présenté une demande officielle d’extension de son plateau continental auprès de la Commission des Limites du Plateau Continental des Nations Unies, au-delà des 200 miles nautiques en y incluant les dorsales de Lomonossov et de Mendeleiev, témoignage de la volonté du gouvernement russe de légitimer ses ambitions par le droit (2).

350px-Boundaries_in_the_Arctic_-_map-fr.svg

La recevabilité de cette demande par la Commission ainsi que l’accord conclu en septembre 2010 entre la Norvège et la Russie concernant la délimitation de leurs frontières communes en mer de Barents (3) mettent alors en avant, notamment à l’égard des Etats riverains de l’Arctique, le réalisme des revendications russes.

Dans le cadre d’une lutte d’influence régionale qui l’oppose notamment aux Etats-Unis et au Canada, la Russie tend également à développer une diplomatie offensive. A titre d’illustration, il convient de mentionner l’expédition russe du 2 août 2007 baptisée Arktika (4) qui, s’étant traduite par de nombreuses tensions diplomatiques, démontre de manière flagrante l’ambivalence de la position de Moscou dans le processus d’affirmation de son influence en Arctique. Néanmoins, dans certains cas, cette posture offensive relève plus du symbolisme, notamment sur le plan national, que d’une réelle revendication du point de vue diplomatique.

Un nouvel Eldorado économique et énergétique

L’Arctique représente près de 20% du PIB russe (5) et de manière plus exhaustive, 22% des exportations, 95% des réserves de gaz naturel et 60% des réserves de pétrole russes (6). Les richesses de la région permettent ainsi à la Russie de voir son statut de grande puissance énergétique valorisé, et par conséquent, sa présence au sein de l’économie globalisée renforcée.

arctic-oil-and-gas-map

Sur le plan énergétique, la région arctique constitue un pilier fondamental. Les perspectives d’exploration et d’exploitation pétrolière apparaissent extrêmement stimulantes et sources d’intérêts économiques sans précédent. L’annonce, le 27 septembre 2014, de la découverte par Rosneft, premier producteur de pétrole mondial, d’un nouveau puits de pétrole en mer de Kara dont les réserves sont estimées à près de 87 milliards de barils (7), s’inscrit dans cette optique

Le niveau de ces estimations a notamment conduit la société russe a investir plus de 400 milliards de dollars sur 20 ans dans l’exploitation du plateau continental arctique (8).

D’un point de vue commercial, outre le fait que le réchauffement climatique ait permis l’émergence de nouvelles routes, la Russie bénéfice d’atouts conséquents, en comparaison avec les autres Etats riverains, relatifs à la multitude de ports établis entre Mourmansk et Vladivostok qui permettent au pays de s’imposer comme leader dans le domaine de la navigation arctique (9). Enfin, sur le plan de la sécurité maritime, enjeu contemporain majeur, la Voie maritime du Nord présente l’avantage de ne pas être menacée par les mouvements de piraterie.

Fig2

Des expéditions scientifiques très politiques

Le regain d’intérêt à l’égard de l’Arctique, au début du XXIème siècle, s’est traduit par une multiplication des expéditions scientifiques russes. L’objectif de ces expéditions réside, d’une part, dans la justification, de manière fiable et donc scientifique, des revendications territoriales, et d’autre part, dans la localisation des ressources naturelles notamment off-shore. De telles initiatives participent de manière efficace et évidente à la notoriété du secteur scientifique russe, assurant le pays d’un prestige certain sur la scène internationale.

L’investissement russe dans la région, en matière spatiale, reste également non négligeable en atteste le travail de développement par l’agence spatiale Roskosmos d’un système baptisé Arktika qui vise, à travers la mise en orbite de satellites, à étudier le climat arctique, accompagner le trafic maritime et aérien et participer à la surveillance de la situation écologique (10). De manière générale, on peut affirmer que le domaine scientifique s’impose comme un instrument de poids dans la stratégie de réaffirmation sur la scène internationale mise en place par le gouvernement depuis le début des années 2000.

Christina Venard @Christina Vnrd

Références et notes

1 commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s