Olivier MARTY : Syrie, l’Iran et l’Ukraine

AAEAAQAAAAAAAANMAAAAJDUwMGNjNjNhLWM2NWEtNDIxNS1iZGZiLWU3NDM0ZDAxOTIwYwOlivier MARTY, le 10 août 2015

Olivier MARTY répond aux questions de Florent PARMENTIER sur les crises internationales en Syrie, en Iran et en Ukraine, à l’occasion de la parution de son ouvrage de questions internationales publié avec Pascal COURTADE. L’entretien a été réalisé fin août 2015.

FP : Olivier Marty, vous êtes économiste, maître de conférences en institutions européennes à Sciences Po, et vous venez de publier un ouvrage avec Pascal Courtade, Les questions internationales en onze leçons. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans la rédaction de l’ouvrage ?

OM : Cet ouvrage est directement issu de notre enseignement de Questions internationales dispensé dans le cadre du Master Affaires publiques de SciencesPo de 2012 à 2014. Nous avons eu beaucoup de plaisir à enseigner cette matière passionnante et c’est donc logiquement que nous avons souhaité valoriser notre travail et contribuer à la transmission durable d’un savoir composite mêlant droit international, histoire, et politique. Ce manuel a la spécificité assez rare de combiner des dissertations et une cinquantaine de fiches techniques pour couvrir un éventail de 80 sujets mis à jour : en ce sens, il est un peu un manuel « deux en un » ! Nous espérons qu’il éveillera et confortera les connaissances des étudiants et qu’il sera également utile à des lecteurs plus confirmés qui souhaiteraient se rafraîchir la mémoire sur tel ou tel point.

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FP : Comment voyez vous évoluer la situation en Syrie ?

OM : Dans mon précédent ouvrage co-écrit avec Loïc Kervran à la mi-2012, soit au début de la crise (« Pour comprendre la crise syrienne », L’Harmattan, 2013), nous avons voulu réagir aux analyses qui voyaient la chute de Bachar el-Assad comme imminente. Selon nous, plusieurs éléments devaient alors tempérer cet enthousiasme : les ramifications militaires et sécuritaires du régime ; les effets contre-productifs d’un isolement syrien dans le passé ; la « fatigue » des opinions occidentales pour les interventions militaires ; et les alliances qu’avaient nouées Damas, notamment avec l’Iran. En écartant la possibilité d’un recours à la force internationale pour le renverser, nous distinguions que le régime tomberait par son effritement et que les puissances intéressées au conflit rivaliseraient dans la défense leurs intérêts. Ce scénario s’est peu ou prou produit.

A l’heure actuelle, les puissances souhaitant la chute de Bachar el-Assad sont plus nettement en accord pour lutter d’abord efficacement contre l’Etat islamique avant de faire tomber le régime, comme l’illustrent l’implication plus franche de la Turquie en Syrie et la coopération bienvenue d’Ankara et des Etats-Unis organisée à la fin juillet. Ces alliances impliquent un soutien temporaire à Damas qui prétend depuis toujours lutter de bonne foi contre le terrorisme. Néanmoins, le régime est considérablement affaibli par les pertes de son armée et de ses miliciens et il ne contrôle plus qu’une portion de l’Ouest du territoire allant de Deraa à Lattaquié en passant par Damas et Hama. Il faut espérer que le récent accord sur le nucléaire iranien poussera Téhéran à relâcher progressivement son soutien militaire et financier à Damas, constant au long de la crise.

A l’avenir, la transition démocratique en Syrie nécessitera une solution politique régionale, impliquant aux premiers chefs la Turquie et l’Iran. Dans notre essai sur la crise, nous indiquions quatre enjeux propres à la Syrie : 1°) la poursuite de la structuration de l’opposition politique autour du Conseil national syrien (CNS) ; 2°)  la capacité à faire coopérer des anciens dignitaires du régime avec des opposants pour œuvrer à la reconstruction du pays, selon un scénario « yéménite » ; 3°) la sauvegarde de l’intégrité territoriale, qui concerne surtout le Kurdistan et la cote alaouite ; 4°)  le contrôle des tensions communautaires et confessionnelles dans un pays ravagé par la guerre et les exactions djihadistes et où cohabitent chrétiens, chiites, sunnites et Druzes. Cette perspective lointaine dépendra de la qualité de la coopération internationale avec l’Iran.

FP : L’accord sur l’Iran peut-il contribuer à résoudre la crise ukrainienne ?

OM :  La crise ukrainienne est une crise internationale « par excellence », puisqu’elle oppose directement les logiques du droit et de la puissance. La solution politique interne au pays, sur le « chemin de l’Etat de droit » selon l’expression que vous avez popularisée, sera difficile à conforter. J’ai défendu l’idée qu’une relance du partenariat UE-Russie initié en 1997 pourrait y aider pour souligner que la stabilité durable de l’Ukraine implique de respecter ses spécificités culturelles et géopolitiques et que l’Union européenne a beaucoup à gagner à coopérer durablement avec Moscou au plan énergétique, commercial et stratégique. Il me semble qu’on ne gagne jamais durablement à vouloir humilier la Russie. L’accord scellé avec l’Iran a d’ailleurs une nouvelle fois montré l’importance de la diplomatie russe au Moyen-Orient. S’il est confirmé, on peut espérer que l’augmentation du volume des exportations de pétrole iranien fasse baisser les cours mondiaux du baril et que cela ait un effet négatif sur l’économie russe qui pousserait Moscou à être plus coopératif en Ukraine.

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