La Russie de 2016 a les yeux géopolitiques plus gros que le ventre économique (BRET sur le Huffpost)

Cyrille BRET – janvier 2016

La Russie de Poutine est redevenue une puissance militaire mondiale. Mais elle pâtit d’un modèle économique fragile. Le président russe annonce régulièrement le retour de la croissance pour 2016. Toutefois, les institutions internationales prévoient, elles, une nouvelle contraction du PIB en 2016 (-0,6%) après la récession de 2015 (-3,8%). Si la renaissance géostratégique de la Russie est manifeste, son redressement économique est-il incontestable ?

Retrouvez le texte de la tribune sur le site du Huffington Post : Russie Eco HuffPost

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Depuis la crise financière de 1998, les indicateurs macro-économiques sont en apparence positifs. Les années Poutine ont coïncidé avec une certaine prospérité : au 9ème rang des économies, la Russie a connu une croissance de 7 % par an en moyenne de 1999 à 2008, un taux de chômage autour de 5% et des excédents budgétaires récurrents (+9% du PIB à leur pic en 2006). Surtout, le pays a constitué des réserves de change importantes, de 540 Mds US$ à leur sommet en 2012. Cette période faste a permis au Kremlin de consolider son pouvoir à l’intérieur et de lancer, en 2009, un programme de modernisation militaire. Il a porté l’effort de défense à 4% du PIB et les effectifs des forces armées à plus de 800 000 personnes.

Le développement économique est-il réellement à la hauteur de la puissance géopolitique ? Rien n’est moins sûr.

Il s’agit en effet seulement d’une croissance de rattrapage : le PIB n’a retrouvé son niveau 1900 qu’en 2005. En outre, la Russie vit d’une économie de rente basée sur des exportations d’hydrocarbures : en 2012, celles-ci généraient 12% du PIB et 52% des recettes du budget fédéral. Mais la manne énergétique n’a pas été mise à profit pour combler les lacunes de l’économie russe : l’inflation n’est pas maîtrisée (10% en moyenne sur la décennie 2000) en raison de l’afflux de devises et du poids des importations ; la corruption (136ème Etat sur 174 au classement de Transparency International) décourage les investissements pourtant indispensables à la diversification ; le sous-développement des infrastructures bancaires aggrave le sous-investissement chronique.

La « décennie dorée » des années 2000 est aussi une « décennie perdue » pour la modernisation de l’appareil productif.

Les tendances récentes soulignent ces fragilités : la division par trois des cours du pétrole entre 2014 et 2015 a révélé les illusions de budgets publics bâtis sur un baril à 100 US$ ; les sanctions financières occidentales ont rappelé combien cette économie dépend des importations de biens et des fonds occidentaux ; les fuites de capitaux ont dégradé la balance des paiements et alimenté une instabilité monétaire que la Banque centrale n’a jugulée qu’en rendant draconiennes les conditions du crédit.

En 2016, à cours des hydrocarbures constants et à politique ukrainienne inchangée, la Russie traversera une nouvelle année de récession. N’en déplaise aux autorités russes. Handicapées par la conjoncture mondiale et minées par l’absence de diversification économique, ses ambitions politiques risquent fort de buter sur le principe de réalité économique.

 

 

 

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