Coup d’Etat silencieux ? L’éviction de Michael Flynn pourrait neutraliser Trump (PARMENTIER pour Atlantico)

Florent PARMENTIER répond aux questions d’Atlantico.

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L’éviction de Mike Flynn de la Maison Blanche, regrettée publiquement par Donald Trump lui-même, montre la guerre silencieuse qui fait rage entre le nouveau président et l’ancienne administration démocrate, qui semble ne pas vouloir lui faciliter son mandat.

Selon Leonid Bershidsky, de Bloomberg, Vladimir Poutine aurait aujourd’hui tout ce qu’il souhaite, c’est-à-dire un pouvoir américain isolationniste mais opposé à la Russie, ce qui est conforté par le revirement récent de Donald Trump vis à vis de la Crimée. Comment expliquer un tel revirement, autant par ses causes que par ses conséquences ? Quelles en sont les implications dans la crise actuelle ?

 

Le premier objectif de  Vladimir Poutine consistait à faire perdre Hillary Clinton à l’occasion de cette présidentielle, puisque celle-ci était considérée comme la candidate la plus anti-russe. Par contraste, on a pu trouver dans l’entourage de Donald Trump un certain nombre de conseillers œuvrant à un rapprochement russo-américain : son ancien directeur de campagne Paul Manafort (tombé pour avoir conseillé Ianoukovitch), un de ses conseillers en affaires internationales Carter Page, et enfin son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn,  qui a été contraint à la démission cette semaine pour avoir discuté avec l’Ambassadeur russe avant même sa nomination.

En matière de politique étrangère, Donald Trump est apparu proche des thèses isolationnistes (l’OTAN coûte cher et les Européens doivent se prendre en main, les Etats-Unis avant tout, etc.), mais sans pour autant se départir d’un réalisme propre au décideur. Il a pris le contre-pied de son prédécesseur à propos des sanctions décidées par Barack Obama à la fin de décembre. Celles-ci n’ont pas eu de conséquences irrémédiable, dans la mesure où Vladimir Poutine a préféré jouer le coup d’après en ne faisant pas le jeu de l’escalade des tensions. Le grand espoir de Vladimir Poutine était donc certes de disposer d’un pouvoir à Washington beaucoup moins interventionniste que les précédentes d’administration, et sur ce programme c’est donc sans surprise que la grande majorité des néoconservateurs américains avait rejoint les rangs de la candidate démocrate, quand Trump se rapprochait du réaliste Kissinger.

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Dans ce revirement sur la position vis-à-vis de la Crimée, il faut prendre en compte un autre élément de contexte : la question de la russophobie à Washington, qui fait presque écho à « la peur du rouge » ou au « péril jaune » qui ont marqué l’histoire politique américaine. La menace des cyberattaques russes donne un sentiment de vulnérabilité aux élites politiques de Washington, mais donne l’impression d’un déchaînement médiatique, précisément parce que certains voient dans le tropisme pro-russe de Trump un moyen de le faire tomber. Longtemps les observateurs et analyste ont mis l’accent sur l’antiaméricanisme du régime Poutine comme ressort fondamental des décisions prises en matière de relations internationales. Bien sûr, ce ressort a été plus ou moins puissant selon les périodes, puisqu’il faut se souvenir par exemple que Vladimir Poutine a été à la fois le dirigeant qui a pris le plus rapidement position en faveur des États-Unis après le 11 septembre, mais aussi celui qui a critiqué le plus durement l’hégémonie américaine lors de son discours de Munich de février 2007.

Dans ce cadre,  la Russie peut paraître dans un premier temps déçue des premiers résultats de l’administration Trump,  dans la mesure où elle a été condamné de manière routinière à l’ONU au sujet du réchauffement du conflit à l’Est de l’Ukraine, elle n’a en outre pas obtenu d’avancées sur la question de la levée des sanctions ou encore elle ne semble pas se voir reconnaître l’annexion de la Crimée. Et Vladimir Poutine a su ne pas se montrer trop exigeant vis-à-vis de la nouvelle administration, faisant preuve de patience. Il faut d’ailleurs remarquer que les deux dirigeants ont des temporalités assez différentes : d’un côté Donald Trump joue le temps court des politiques, le temps des réseaux sociaux et de Twitter ; de l’autre, Vladimir Poutine joue sur le temps long et stratégique.

La question est donc de savoir si Vladimir Poutine avait anticipé l’incapacité Donald Trump à changer rapidement le cours de la politique étrangère américaine. A priori, connaissant assez bien les arcanes politiques des États-Unis, il est probablement trop expérimenté pour avoir cru que les acteurs politiques et médiatiques aux États-Unis allaient accepter un changement si soudain de la position américaine à propos de la Russie. Si le Mexique et la Chine occupent une place particulière dans les discours de Donald Trump, cela ne signifie pas pour autant que la Russie soit passée du bon côté de l’histoire vu de Washington. Aussi, la présidence Trump a pour l’instant affaibli l’atlantisme régnant en Europe, tout en classant plus ou moins consciemment la Russie dans une situation d’arbitre en matière de politique internationale, sur les relations sino-américaines, le Moyen-Orient, etc. Le départ de Flynn n’est sans doute pas la seule surprise à laquelle nous allons assister cette année à Washington.

Pour en savoir plus, lire : http://www.atlantico.fr/decryptage/coup-etat-silencieux-pourquoi-eviction-mike-flynn-maison-blanche-pourrait-ressembler-1ere-etape-projet-reflechi-visant-2965894.html/page/0/1