6 mois de présidence Trump : un premier bilan (BOURGOIS pour Eurasia Prospective)

Il y a 6 mois, le 20 janvier 2017, entrait en fonction le très controversé 45e Président des États-Unis, Donald Trump. Après des mois d’une campagne on ne peut plus âpre, le candidat du Parti républicain remporta effectivement l’élection présidentielle, au mois de novembre 2016, face à la candidate démocrate, Hillary Clinton, pourtant favorite des sondages. Comme chaque Président nouvellement élu, Donald Trump a rapidement dû se confronter à la réalité du pouvoir. À ce titre, après 6 mois de présidence, l’heure est d’ores et déjà à un premier bilan[1].

 

La politique intérieure

Sur le plan interne, le nouveau Président américain s’est très vite employé à essayer de mettre en application plusieurs de ses promesses de campagne. L’une d’entre elles, peut-être la plus importante, était de rompre avec la politique de son prédécesseur en matière d’assurance santé et plus particulièrement, de mettre fin à l’Obamacare. Donald Trump en avait ainsi fait l’un de ses objectifs principaux en politique intérieure. Sur ce plan, il s’est très vite rendu compte de la difficulté d’une telle reforme, ayant lui-même admis qu’il s’agissait, en fait, d’« un sujet incroyablement complexe ». Dès son entrée en fonction, le Président américain a pourtant signé un décret visant à limiter l’Obamacare. Mais c’est en mars 2017 qu’il s’est vraiment confronté à cette difficulté, puisqu’il a dû retirer au dernier moment son projet de réforme, faute de voix suffisantes à la Chambre des représentants pour faire adopter le texte. Ce fut alors un revers important pour le nouveau Président américain. Pourtant majoritaire, le Parti républicain montrait ainsi ses divisions profondes (notamment entre l’aile conservatrice et celle plutôt modérée du GOP) vis-à-vis de la réforme voulue par Donald Trump. Ce dernier, contraint de modifier son texte, réussit toutefois au mois de mai à le faire adopter (après un vote serré) par la Chambre des représentants. Mais pour que sa réforme puisse entrer en vigueur, il lui fallait également passer l’obstacle du Sénat. À ce sujet, la configuration de la chambre haute du Congrès (48 sénateurs composent le groupe démocrate contre 52 pour le groupe républicain) a rendu, dès le départ, la situation délicate, les démocrates n’ayant en effet besoin que de 3 opposants républicains pour rejeter le texte. Le sénateur républicain John McCain a déclaré début juillet que le projet de réforme de Donald Trump était, selon lui, vraisemblablement « mort ». À ce titre, la défection de 2 nouveaux sénateurs républicains (Mike Lee et Jerry Moran), annoncée le lundi 17 juillet 2017 (ils rejoignent ainsi Rand Paul et Susan Collins, ce qui porte à 4 le nombre d’opposants républicains avérés au Sénat), est venue confirmer les propos de John McCain et met fin aux espoirs de Donald Trump. Cela constitue ainsi un revers majeur pour le nouveau Président américain, qui a rapidement réagi en demandant aux républicains d’« abroger » au plus vite l’Obamacare et de « repartir de zéro » afin d’élaborer une toute nouvelle réforme de la santé. Un nouveau projet qui, au vu des divisions actuelles chez les républicains, risquerait de prendre beaucoup de temps et par conséquent, de souligner un peu plus les difficultés de Donald Trump vis-à-vis de l’une de ses « réformes phares ».

Une autre grande promesse de campagne de Donald Trump concernait l’immigration. Le candidat avait notamment été jusqu’à affirmer qu’il interdirait l’accès aux États-Unis à tous les musulmans, puis finalement à ceux des pays qu’il associe avec le terrorisme. Comme pour l’Obamacare, Donald Trump s’est de fait employé à signer, peu après son entrée en fonction, un décret très controversé suspendant temporairement l’accès au territoire des États-Unis aux réfugiés ainsi qu’aux citoyens de 7 pays dont la population est à majorité musulmane (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen). Là encore, il s’est vu empêcher dans son initiative, puisque les tribunaux sont venus suspendre la première ainsi que la seconde version de ce décret. S’il est finalement partiellement en vigueur depuis la fin juin 2017 (la Cour suprême américaine ayant effectivement restauré le décret dans une version « allégée »), il continue néanmoins de susciter la polémique. Dans sa version actuelle, il interdit temporairement l’accès aux États-Unis aux réfugiés et aux habitants de 6 pays (Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) « n’ayant pas établi de relation de bonne foi avec une personne ou une entité aux États-Unis ». Une victoire pour Donald Trump, mais qui reste partielle au vu des modifications apportées. La Cour suprême se penchera sur le dossier à l’automne 2017.

L’une des autres « mesures phares » du candidat Trump en matière d’immigration portait sur la création d’un mur à la frontière mexicaine, entièrement financé par le voisin mexicain. Devant le refus de ce dernier de prendre en charge le coût d’un tel projet, le Président américain semble aujourd’hui tergiverser concernant les possibilités de son financement, comme l’illustre sa déclaration récente, lors d’un meeting dans l’Iowa en juin 2017, évoquant l’hypothèse d’un financement par l’intermédiaire de panneaux solaires. Ce projet controversé de Donald Trump est donc encore loin d’aboutir et devra faire face à de nombreux obstacles, en premier lieu, l’opposition probable du Congrès et celle d’une partie importante de l’opinion publique américaine. Quoi qu’il en soit, un échec sur ce dossier représenterait symboliquement un nouveau revers majeur pour le Président américain.

Au niveau économique, le discours de campagne du candidat Trump se focalisait sur un protectionnisme assumé, selon son slogan « America First ». L’idée était alors, selon lui, de redonner la priorité aux laissés-pour-compte de la mondialisation, aux travailleurs américains. En ce sens, une fois élu, Donald Trump s’est rapidement employé à retirer les États-Unis du traité de libre-échange transpacifique (TPP) signé par son prédécesseur et s’est détourné des discussions sur le traité transatlantique (TTIP). Son discours s’est ainsi reposé, en grande partie, sur un rejet du libre-échange et plusieurs mesures d’inspiration « protectionniste » ont bel et bien été mises en place. Sur ce point, le Président Trump a toutefois modifié quelque peu certaines de ses orientations. Donald Trump apparaît ainsi, par exemple, beaucoup moins agressif en matière commerciale, que ce soit vis-à-vis de la Chine ou encore, du Mexique, que durant sa campagne, et la menace un temps évoquée d’un retrait des États-Unis de l’ALENA semble aujourd’hui écartée au profit d’une renégociation. Concernant le TTIP, le Secrétaire du commerce américain Wilbur Ross a même ouvert la voie au mois de mai à une reprise des discussions entre les Etats-Unis et l’Europe, preuve d’un certain recul sur ce dossier. Sur le plan financier, les craintes d’un éventuel effet néfaste qu’aurait pu susciter l’élection de Donald Trump sur les marchés laissent pour l’instant place à des niveaux relativement élevés à Wall Street. S’il apparaît aujourd’hui sûrement trop tôt pour pouvoir juger de la politique économique du Président Trump, celui-ci semble toutefois bénéficier, d’une manière générale, de la bonne conjoncture globale de l’économie américaine, observable bien avant son élection. Ce qui n’entache pour autant en rien la volonté acharnée du nouveau Président de continuer de se situer, du moins dans le discours, en totale opposition avec la politique économique menée par son prédécesseur.

L’un des autres grands « chantiers » annoncés par le candidat Trump concernait la fiscalité. Celui-ci s’est ainsi engagé à effectuer une réforme fiscale « historique », notamment en baissant significativement les taux d’imposition et en simplifiant massivement l’ensemble du code des impôts. Sur ce plan, Donald Trump souhaitait aller vite mais c’est seulement en avril 2017 qu’il a vraiment dévoilé les points importants de son projet de réforme. Le Président a ainsi confirmé vouloir baisser considérablement les taux d’imposition, notamment pour les sociétés (de 35% à 15%) et faire passer le nombre de tranches de 7 à 3 pour les ménages. Pour autant, il risque là encore de devoir faire face à une opposition importante au Congrès, entre les démocrates hostiles et les républicains divisés. Quant au calendrier, cette reforme a d’ores et déjà pris du retard. Initialement prévue pour l’été, elle ne sera finalement présentée qu’à la rentrée en vue d’une adoption par le Congrès avant la fin 2017, cela au grand dam de Donald Trump et de son administration. Au vu de l’échec récent subi par sa réforme de la santé, le Président américain attend désormais beaucoup de ce dossier.

D’une manière générale, la politique intérieure de Donald Trump reste guidée par la volonté profonde du nouveau Président de se placer à l’opposé de son prédécesseur sur la plupart des sujets. L’orientation du Président américain en matière d’environnement et plus particulièrement, la sortie récente des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat s’inscrit parfaitement dans cette logique. Pour Donald Trump, cet accord représente avant tout des contraintes pour l’économie américaine et s’avère par conséquent contraire aux intérêts des travailleurs américains. « J’ai été élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris », a-t-il assuré. Pourtant, là encore, les déclarations récentes du Président américain laissent présager de possibles évolutions sur ce sujet, ce dernier ayant affirmé, lors de sa visite à Paris en juillet 2017, que « quelque chose pourrait se passer » concernant ce dossier. Pour autant, en l’état actuel, ce retrait controversé de l’Accord sur le climat semble indéniablement isoler les États-Unis sur la scène internationale, un domaine où le nouveau Président a également cherché à marquer une rupture.

 

Pierre Bourgois

 

La politique étrangère

Sur le plan international, l’élection de Donald Trump à la Présidence a en effet également marqué un changement de cap significatif pour les États-Unis. Durant toute sa campagne, le candidat Trump a fustigé le bilan de Barack Obama en politique étrangère. Selon son slogan « America First », l’idée était alors de se recentrer davantage sur les intérêts stratégiques américains. Pour lui, il fallait désormais sortir de l’« interventionnisme » de son prédécesseur et plus largement, de celui de nombreux anciens Présidents américains, en premier lieu, peut-être, George W. Bush. Ce dernier a en effet mené au début des années 2000 une politique étrangère « musclée », d’inspiration néoconservatrice, notamment à travers les interventions militaires effectuées en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003. C’est sûrement l’une des raisons pour laquelle la grande majorité des néoconservateurs s’est opposée au candidat Trump durant la campagne présidentielle américaine, comme en témoigne, par exemple, la naissance du mouvement #NeverTrump, mené notamment par William Kristol. La ligne du nouveau Président américain a ainsi semblé se rapprocher d’une certaine forme d’isolationnisme. Mais, au vu de ces 6 mois écoulés, il serait peut-être plus juste de parler, comme certains l’ont évoqué, d’une « diplomatie transactionnelle » voire, d’une forme de « Jacksonisme ». Pour le Président américain, le degré d’intervention des États-Unis dépendra en réalité surtout des intérêts américains en jeu. En ce sens, il verrait le système international principalement à travers un prisme « Hobbesien », c’est-à-dire un monde de lutte et de compétition constante entre les différents États. Mais ce qui semble peut-être caractériser le plus la politique étrangère de Donald Trump est son imprévisibilité. En effet, la plupart des dossiers concernant la politique étrangère américaine semblent considérablement nourris de cet aspect indéniable de la personnalité du nouveau Président.

Comme on l’a vu, Donald Trump n’a cessé, au cours de sa campagne, de dénoncer l’interventionnisme de ses prédécesseurs, notamment au Moyen-Orient. Pourtant, à la surprise générale, il décide, dans la nuit du 6 au 7 avril 2017, de bombarder une base aérienne de l’armée syrienne près de Homs, cela pour répondre à l’attaque chimique de Khan Cheikhoun du 4 avril 2017, attribuée au régime de Bachar Al-Assad. Ces bombardements américains traduisent ainsi un retournement spectaculaire de la ligne qui semblait être défendue par Donald Trump jusqu’à présent et illustrent par conséquent pleinement l’imprévisibilité de sa politique étrangère. Le président américain a ainsi surpris bon nombre d’observateurs en agissant sur un terrain où peu l’attendaient. De la même manière, un avion de l’armée syrienne, accusé d’avoir attaqué les forces combattant Daech (soutenues par les États-Unis), est abattu par l’aviation américaine en juin 2017. Le régime de Damas étant allié à la Russie, ces événements eurent ainsi une implication directe dans les relations entre Washington et Moscou.

À cet égard, la Russie est régulièrement évoquée lorsque l’on s’intéresse à la présidence de Donald Trump. On a en effet souvent reproché au candidat Trump, durant sa campagne, sa proximité affichée avec la Russie de Vladimir Poutine. En effet, Donald Trump n’a cessé d’affirmer qu’il souhaitait un rapprochement des États-Unis avec la Russie, partenaire incontournable de l’Amérique, selon lui, notamment dans la lutte contre le terrorisme. Sur ce sujet, le retournement de la politique étrangère américaine en Syrie a marqué un refroidissement important des relations entre les deux puissances et représente un point de tension évident. Vladimir Poutine a ainsi condamné fermement les frappes américaines. À cela s’ajoute « l’affaire russe » dans laquelle le Président américain est aujourd’hui empêtré et n’arrive toujours pas à se débarrasser, et qui oblige sûrement Donald Trump à garder une certaine distance avec son homologue russe. D’une manière générale, les relations entre Donald Trump et Vladimir Poutine se sont ainsi indéniablement dégradées au cours des derniers mois. Leur première rencontre en juillet 2017 à l’occasion du sommet du G20, à Hambourg, a donc marqué, sur ce point, une étape importante. « Je pense qu’on s’entend très, très bien » a d’ailleurs récemment déclaré le Président américain. Sur ce dossier, l’avenir des relations entre les deux pays dépendra indéniablement de l’évolution de la situation en Syrie, mais sera sûrement dicté également par l’évolution de l’enquête concernant l’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine.

À l’image de la Syrie, Donald Trump cherche ainsi à montrer que les États-Unis peuvent agir si leurs intérêts sont en jeu. À cet égard, la lutte contre le terrorisme islamique a poussé l’armée américaine à larguer, au mois d’avril 2017, une « méga bombe » contre Daech en Afghanistan. Preuve, s’il en est, de l’imprévisibilité assumée du nouveau Président. Cette opération est ainsi un moyen pour Donald Trump de montrer que si les États-Unis délaisseront dorénavant le nation-building et les aventures « version George W. Bush », ils ne se détourneront pas pour autant de leurs ennemis et sauront frapper fort si la nécessité s’en fait ressentir.

L’inconstance de la politique étrangère de Donald Trump s’est également vérifiée dans le dossier chinois. Le candidat Trump avait ainsi critiqué la Chine à de nombreuses reprises, notamment sur les sujets liés au commerce international. En effet, il n’avait cessé, durant sa campagne, de dénoncer la politique de dévaluation monétaire menée, selon lui, par le Président chinois et avait promis de mettre Pékin à l’index dès le « premier jour » de sa présidence. Les tensions diplomatiques sont montées d’un cran lorsque Donald Trump, fraîchement élu, s’est entretenu au téléphone avec la Présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, semblant alors rompre avec la politique de la « Chine unique », tradition diplomatique américaine des quarante dernières années. Pourtant, une fois entré en fonction, le Président Trump a rapidement fait marche arrière sur ces dossiers, en déclarant notamment que les chinois, finalement, « ne manipulent pas leur monnaie ». De la même manière, il a reculé sur le sujet de la « Chine unique » et a rassuré le Président chinois, qu’il a déclaré considérer comme un véritable « ami », en lui indiquant qu’il respecterait bien ce principe historique. Si les relations se sont donc considérablement améliorées, elles restent toutefois extrêmement fragiles, comme en témoignent, par exemple, les récentes tensions liées au problème nord-coréen ou encore, la vente d’armes à Taïwan de la part de Washington pour un montant de 1,3 milliard de dollars. Autant de dossiers qui pourraient rapidement raviver les tensions entre les deux puissances.

Concernant la Corée du Nord, justement, Donald Trump avait initialement ouvert la voie aux discussions avec Pyongyang et aux solutions diplomatiques, notamment en faisant pression sur le voisin chinois. L’enjeu était alors, pour le Président américain, que le régime nord-coréen abandonne ses activités nucléaires et balistiques face à l’isolement et aux pressions internationales. Donald Trump a même été jusqu’à affirmer qu’il pourrait rencontrer Kim Jong-un si les conditions étaient réunies. Il a ainsi déclaré que le « problème nord-coréen » serait, selon lui, « résolu ». Pourtant, la patience du nouveau Président semble s’être quelque peu évaporée ces dernières semaines, en raison notamment de la multiplication des essais nucléaires et balistiques mais également, suite à « l’affaire Otto Warmbier ». Cet étudiant américain avait été condamné en 2016 à 15 ans de travaux forcés par le régime nord-coréen. Tombé dans un coma profond depuis 1 an, il avait finalement été libéré et rendu à sa famille aux États-Unis en juin 2017, avant de mourir moins d’une semaine après. Ce drame a profondément touché l’Amérique et refroidi davantage le climat autour du dossier nord-coréen. De fait, la solution diplomatique semble aujourd’hui avoir considérablement perdu en crédibilité auprès du Président américain. « Même si j’apprécie grandement les efforts du Président Xi et de la Chine pour aider avec la Corée du Nord, cela n’a pas marché. Au moins, je sais que la Chine a essayé ! », a-t-il déclaré le 20 juin 2017. Ce qui laisse craindre, selon de nombreux observateurs, une escalade possible sur ce dossier. À cet égard, le Président américain a d’ores et déjà promis une réponse « sévère » au nouveau tir de missile balistique nord-coréen de juillet 2017.

Un autre aspect important de sa vision de la politique internationale concerne son rapport à l’OTAN. Durant toute sa campagne et au début de sa présidence, Donald Trump n’a eu de cesse de critiquer cette organisation, qu’il considérait tout simplement comme « obsolète ». Pourtant, là encore, le Président américain a changé d’avis. En avril 2017, après une rencontre avec le Secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, le Président américain a effectivement affirmé que l’OTAN n’était finalement « plus obsolète » mais était au contraire un « rempart pour la paix internationale », puisqu’elle s’occupait désormais véritablement, selon lui, du problème terroriste. Si cette déclaration a eu pour effet de rassurer les membres de l’Alliance, elle n’a pas pour autant amené Donald Trump à délaisser sa critique récurrente sur le financement de l’organisation. Lors de son premier sommet de l’OTAN, en mai 2017, le nouveau Président a ainsi prononcé un discours relativement virulent sur ce sujet, cela devant l’ensemble des dirigeants des pays membres. S’il a réaffirmé l’importance de l’organisation, il a ainsi dénoncé avec vigueur les « mauvais payeurs » et a mis l’accent sur la nécessité de consacrer au minimum 2% du PIB au budget de défense. Mais ce qui a surtout inquiété les membres de l’organisation, c’est l’absence de référence directe de la part du nouveau Président américain à l’article 5 du traité de l’OTAN, qui implique l’assistance entre chaque Alliés en cas d’agression extérieure. Vivement critiqué, Donald Trump choisit finalement, quelque temps après, de rassurer les membres de l’Alliance en réaffirmant le soutien des États-Unis envers l’article 5. Une fois encore, cet épisode aura surpris bon nombre d’observateurs.

 

Après 6 mois d’une présidence mouvementée, il est sûrement trop tôt pour pouvoir juger définitivement de l’action de Donald Trump à la Maison Blanche. Comme on l’a vu, il demeure néanmoins possible de tirer les premiers enseignements des ces mois écoulés, cela à travers l’étude de certains dossiers. Dans plusieurs domaines, la volonté du nouveau Président s’est ainsi heurtée à de nombreux obstacles empêchant ses projets politiques d’aboutir. Sur ce point, le constat est sans appel : malgré une multitude de décrets, aucune réforme n’a été adoptée. Le Président Trump s’est ainsi avéré incapable de rassembler l’ensemble des responsables républicains. Malgré le contrôle par le GOP des deux chambres du Congrès, le parti reste en effet profondément divisé et plusieurs des réformes symboliques de Donald Trump risquent de continuer à pâtir de cette situation, alors que les élections de mi-mandat arrivent très rapidement (novembre 2018). En politique intérieure comme en politique étrangère, les premiers mois de Donald Trump ont ainsi montré la dure réalité de l’exercice du pouvoir à un Président qui promettait, durant sa campagne, de « rendre sa grandeur à l’Amérique » (selon son slogan « Make America Great Again »). Ils ont par ailleurs illustré l’inconstance, jusqu’ici, de sa ligne politique sur certains dossiers et ont notamment mis en avant un élément important – et déterminant – de la personnalité du nouveau Président, à savoir son imprévisibilité. Un aspect que Donald Trump voit comme un atout, mais qui peine pour l’instant à séduire, sa popularité étant aujourd’hui, comme la plupart des études semblent l’indiquer, à son niveau le plus bas.

 

 

 

Pierre BOURGOIS est doctorant en science politique au sein du Centre Montesquieu de Recherches Politiques (CMRP-IRM) – Université de Bordeaux.

[1] Il convient de préciser ici que les éléments qui vont suivre ne constituent qu’un simple résumé de certains domaines d’action du Président Trump et demeurent, par conséquent, volontairement généraux.