Macron, travailleurs détachés et géopolitique centre-européenne (PARMENTIER pour Atlantico)

Florent Parmentier répond aux questions d’Atlantico sur la question des travailleurs détachés et des liens avec la Pologne.

Emmanuel Macron a débuté sa tournée européenne, se rendant en Autriche, en Bulgarie, mais également en Roumanie, avec de recevoir deux autres dirigeants européens. Le thème central de ce déplacement semble être le travail détaché, que le Président a qualifié de « trahison de l’esprit européen ». Derrière ce projet de réforme du travail détaché, quels sont les enjeux plus larges de ces déplacements européens ? Faut-il y voir une tentative française d’élargir son influence en Europe ? Dans quel contexte de « rapports de force » cette tournée intervient-elle ?

Emmanuel Macron a, il est vrai, affiché très clairement l’objectif principal qu’il donne à ce déplacement européen, avec un franc parler assumé. Ce n’est pas le seul : au-delà de l’enjeu des travailleurs détachés, l’objectif est également de voir quels Etats centre-européens sont volontaires pour une plus grande coopération européenne, et enfin de relancer le moteur franco-allemand sur de nouvelles bases.

La coopération avec les Etats centre-européens constitue un objectif important pour Emmanuel Macron : il ne fait pas partie de cette génération qui, au cours des années 1990, voyait d’un mauvais œil l’élargissement européen, qui s’est concrétisé alors qu’il n’était encore qu’étudiant. Par contraste, on peut estimer que l’idéal européen qui le porte s’inspire, en grande partie, de la réunification (l’actuel Président n’ayant que 12-13 ans au moment des faits), mais aussi de l’élargissement. Toutefois, il se trouve à présent confronté à des pays bien moins favorables à l’intégration européenne, voir qui peuvent lui être hostile. Le Président a évidemment en tête les cas de la Pologne de PiS et de la Hongrie, qui sont les plus problématiques. Ainsi que j’avais pu le montrer dans mon ouvrage Les chemins de l’Etat de droit (Presses de Sciences Po, 2014), l’émergence de l’Etat de droit ne suit pas nécessairement un chemin linéaire ; nous vivons actuellement cette contradiction au niveau européen.

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En fin de compte, ce déplacement peut se comprendre aussi comme une volonté française de faire bouger des lignes en Europe, en marquant sa présence, ce qu’elle avait manqué de faire il y a quelques années. La Roumanie et la Bulgarie faisait clairement partie des Etats les plus soutenus par la France au moment de l’élargissement, même si les relations ont pu être distendues depuis. Le « triangle d’Austerlitz » – Autriche, Slovaquie, République tchèque – constitue un moyen de contrebalancer l’alliance de Visegrad, ou V4 (Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque), qui a joué ces dernières années le rôle de pôle de contre-intégration européenne. Le but est donc de permettre à la Slovaquie et à la République tchèque de se positionner sur les questions d’intégration européenne. Quant à l’Autriche, qui menaçait de suivre la même ligne que le V4 il y a quelques mois si Alexander van der Bellen n’avait pas remporté une victoire in extremis, c’est également l’occasion de se positionner. Ce travail de concertation au plus haut niveau est nécessaire avant de travailler avec une Allemagne dont les élections sont imminentes.

 

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