Attaques chimiques en Syrie: non au terrorisme d’Etat! (BRET dans Les Echos)

Les frappes occidentales du 14 avril en Syrie sont-elles légales ? D’un côté, elles dérogent à la lettre de la Charte des Nations-Unies comme l’ont souligné la Russie et l’opposition parlementaire : elles ne sont ni autorisées par le Conseil de sécurité ni des actes de légitime défense. D’un autre côté elles visent à garantir la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) de 1993, comme l’a rappelé Emmanuel Macron. Légalité internationale rigoureuse contre légitimité humanitaire : le débat semble insoluble.

Par-delà les tensions diplomatiques et les controverses parlementaires, il convient de rappeler que les attaques à l’arme chimique constituent en elles-mêmes des actes terroristes au sens technique du terme, défini par la résolution 1566 du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Qu’elles soient perpétrées par un Etat souverain, comme la Syrie, ou par des groupes infra-étatiques, comme Daech, ne change rien : elles ne peuvent tenir compte de la distinction entre civils et combattants et répandent une terreur durable. Il est indispensable de les proscrire, dans les textes mais aussi sur le terrain.

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Des armes frappant indifféremment civils et militaires

Une arme chimique agit par dispersion d’agents létaux. Quelle que soit la sophistication des vecteurs utilisés, la distinction entre combattants et non-combattants ne peut être garantie : un civil respire au même titre qu’un soldat. Qu’il s’agisse des gaz utilisés sur les tranchées de la Première Guerre Mondiale, des cartouches toxiques utilisées dans la guerre Iran-Irak, de l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 ou encore de la cinquantaine d’attaques chimiques répertoriées en Syrie depuis 2012, aucune arme chimique ne distingue entre un soldat en uniforme et un civil désarmé.

Il y a un monde entre un missile conventionnel même puissant et une arme chimique même artisanale : dans le premier cas, il est possible de cibler les combattants et (d’essayer) d’épargner les populations civiles ; dans le deuxième, il est impossible de limiter la violence faite à ceux qui ne participent pas aux combats. Cette différence est fondamentale pour le droit des conflits armés : l’usage sélectif de la violence est ce qui distingue la guerre du massacre. C’est ce que soulignent aussi bien le code du soldat français que le philosophe américain Michael Walzer dans Guerres justes et injustes. Entre les mitraillages dans les rues de Paris et les attaques chimiques dans la Ghouta, il n’y a pas de différence de nature : c’est le même type de terrorisme qui est à l’œuvre.

Une stratégie délibérée de terreur durable

Les armes chimiques sont destinées avant tout à instiller une terreur durable. Bien sûr, elles sont parfois des armes de destruction massive. Mais elles sont aussi des armes psychologiques. Elles donnent la victoire moins par le renversement du rapport de force militaire que par la panique qu’elles répandent dans les populations. Comme l’attentat à la bombe dans une gare (à Saint-Michel), comme la prise d’otages dans un supermarché (dans l’Aude) et comme les attentats à la camionnette sur une promenade (à Nice), les attaques chimiques créent le sentiment d’une « vulnérabilité généralisée » : n’importe qui peut être frappé n’importe quand et n’importe où. C’est, à proprement parler un effet de terreur qui préparer la soumission résignée de populations entières.

Le terrorisme d’Etat est aujourd’hui à l’œuvre en Syrie. Son but est désormais de préparer un pays où toutes les populations, chiites, sunnites, alaouites, chrétiennes, etc. seront soumises à un régime de terreur indéfinie dont les armes chimiques ne sont qu’un des vecteurs. De même que nous devons dire « non ! » aux terrorismes des mouvements non-étatiques, de même nous devons dire « non ! » aux terrorismes d’Etat.