Entretien avec David Gruson, auteur de S.A.R.R.A. et fondateur d’Ethik-IA

David Gruson, vous êtes haut-fonctionnaire, membre de la chaire Santé de Sciences Po et expert reconnu des questions de santé, de l’intelligence artificielle et des questions d’éthique. Pourquoi avez-vous lancé l’initiative citoyenne Ethik-IA ? 
Ethik-IA vise à faire prendre conscience de la nécessité et de l’urgence d’une régulation positive de l’IA et de la robotisation en santé. Nous ne devons pas refuser la technologie, bien au contraire. Elle va permettre de significativement renforcer la qualité et l’efficience de notre système de soins. Certaines situations éthiquement inacceptables comme les dysfonctionnements liés au modèle de financement absurde de la prise en charge de l’insuffisance rénale chronique (qui pénalise, en particulier, l’accès à la greffe) ne devraient plus exister en mode data management. Simplement, il ne faut pas méconnaître certains enjeux éthiques associés à l’IA comme le risque de délégation du consentement aux soins ou celui d’une minoration relative de la valeur de la personne face à la logique collective de l’algorithme.
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Avec S.A.R.R.A., vous signez votre premier roman d’anticipation dans un nouveau style, le polar bioéthique : vous y décrivez la prise en charge par l’IA d’un risque épidémique d’Ebola. Comment vous est venue l’idée de ce livre ?
C’est précisément pour essayer de donner un contenu concret et lisible pour le grand public à cette notion d’une nécessaire préservation de la prise en compte des situations individuelles. Dans un cas de gestion de crise majeure – comme ici un risque d’épidémie d’Ebola à Paris en 2025 – il était intéressant de confronter l’hyper-rationalité de l’IA avec l’hyper-irrationalité de certaines réactions humaines, politiques ou médiatiques. Le danger n’est pas la technologie elle-même mais la manière dont nous y réagissons et notre incapacité à mettre en œuvre des solutions concrètes de régulation positive de certains risques éthiques.
Votre ouvrage nous plonge dans l’univers de l’IA, souvent plus fantasmé que réellement connu. L’IA jouera-t-elle un rôle aussi important en littérature qu’en matière de santé ?
C’est vrai, la science fiction a très largement traité ce thème et il y a ici bien sûr des références majeures. J’ai grandi avec ce fond de culture SF mais j’ai aussi voulu faire un ouvrage d’ouverture du débat public sur des questions peu traitées jusqu’ici. Certaines sont spécifiquement envisagées sous l’angle santé : par exemple, jusqu’où aller dans la robotisation des processus de prise en charge ? Mais d’autres perspectives sont plus largement ouverte comme, en définitive, le questionnement sur ce qu’il reste du libre-arbitre, du hasard et de la causalité à l’heure de l’intelligence artificielle. Je suis vraiment impressionné par le premier accueil que reçoit « S.A.R.R.A. ». Je crois que cela correspond à un moment où nos concitoyens ont précisément envie d’aller un peu au-delà de la surface des choses et d’entrer dans le fond de questions éthiques essentielles pour notre avenir.