5 défis stratégiques pour lesquels la Russie a besoin de la France (et réciproquement) Bret – Les Echos

Le dialogue stratégique franco-russe vient de reprendre. Le 8 septembre à Moscou, les ministres des affaires étrangères et de la défense ont relancé leurs réunions de travail dites 2+2. Le tournant diplomatique est d’importance dans un contexte où les sanctions contre la Russie sont régulièrement reconduites et où les divergences sont fortes concernant l’annexion de la Crimée, les libertés politiques et les ingérences dans la vie publique européen. Toutefois, la Russie et la France ont besoin l’une de l’autre pour cinq questions brûlantes :

  1. faire cesser la guerre en Ukraine
  2. sauver l’accord avec l’Iran sur le nucléaire
  3. trouver une sortie politique à la guerre en Syrie
  4. résoudre la crise en Centrafrique
  5. refonder la sécurité collective et le désarmement en Europe

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Faire cesser la guerre en Ukraine

France et Russie peuvent trouver des pistes de coopération en Ukraine. Le principal blocage porte sur la légalité de l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014. Mais concernant les mesures humanitaires et les cessez-le-feu, un premier pas a été réalisé par l’échange de prisonniers entre Kiev et Moscou le 6 septembre. Reste maintenant l’essentiel : trouver un compromis pour rétablir la souveraineté de Kiev sur le bassin du Don et ses frontières orientales (c’est le but de Paris) et garantir aux minorités russophones de l’est une autonomie administrative et une protection de leurs droits (c’est le but de Moscou). Ce compromis sera à l’examen à Paris prochainement, dans le format dit « Normandie » réuni avec l’Allemagne. La place donnée au nouveau président Zelenski sera essentielle pour la réussite de cette négociation.

Sauver l’accord avec l’Iran

France et Russie peuvent également converger pour préserver l’accord de 2015 sur le nucléaire conclu avec l’Iran, les Etats-Unis et l’Allemagne. L’administration Trump a en effet dénoncé cet accord et interrompu le démantèlement des sanctions envers l’Iran. Depuis l’Iran a repris ses activités nucléaires et le rapport de force avec les Etats-Unis a repris. A tel point qu’une guerre est parfois évoquée par l’administration Trump. En la matière, France et Russie ont la même vision : l’accord doit être préservé afin d’éviter la prolifération nucléaire dans une région déjà en butte à bien des tensions.

Trouver une solution politique à la guerre en Syrie

Les multiples conflits syriens ont miné le pays, la région et l’Europe avec ses centaines de milliers de victimes et de réfugiés. Ils sont à l’origine de vague d’attaques terroristes sur place et en Europe ainsi que de la première intervention militaire russe à distance de ses frontières. Ils ont été marqués par l’usage des armes chimiques. Aujourd’hui, la Russie ne parvient pas à trouver une solution politique dans le forum d’Astana avec la Turquie et l’Iran. Sans le soutien de la France, elle ne pourra trouver un compromis où ses intérêts (la préservation d’un pouvoir ami à Damas) seront garantis tout en faisant cesser le conflit et ses multiples déclinaisons. La France peut donner à la Russie ce qui lui manque pour sortir de ce blocage en élargissant la base des négociateurs.

Stabiliser l’Afrique centrale

Dans la crise qui secoue aujourd’hui la Centrafrique, les sociétés militaires privées russes jouent un rôle essentiel. Là encore, une stabilisation ne peut intervenir que si la France, historiquement présente dans la zone et la Russie, qui fait son grand retour sur le continent, trouve un modus vivendi. Ce dossier est peut-être le moins visible mais ce ne sera pas le moins ardu à faire avancer entre Paris et Moscou.

Reconstruire la sécurité collective en Europe

Instaurée en pleine Guerre Froide par l’Accord d’Helsinki, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a veillé sur le désarmement en Europe pendant plusieurs décennies. Elle est aujourd’hui bloquée et ne remplit plus sa fonction de forum de sécurité collective régionale et d’instance de vérification du respect des traités de désarmement. Les Etats-Unis viennent de sortir du traité sur les Forces Nucléaires Intermédiaires (FNI) invoquant des violations russes. La course aux armements, y compris nucléaires, est aujourd’hui relancée en Europe. Seule la France est aujourd’hui capable de dialoguer et avec Moscou et avec Washington pour enrayer cette spirale.

Dialoguer avec la Russie est difficile. Coopérer est encore plus ardu. Pour la présidence Macron la ligne de crête est étroite entre solidarité envers ses alliés d’Europe orientale (Pologne, Etats baltes) et la nécessité de trouver des compromis avec la Russie. Mais la difficulté est aussi du côté russe : concéder trop à l’Occident serait s’affaiblir à l’intérieur et à l’extérieur mais durcir le ton ajouterait à l’isolement de la Russie en Europe. Le dialogue stratégique a repris. Ses fruits restent à produire.