Mourir pour Kiev ? L’Europe est toujours loin d’être au clair sur ce qu’elle ferait en cas d’invasion russe en Ukraine (PARMENTIER – Atlantico)

Atlantico : Alors que la Maison Blanche a averti, à la veille d’une visioconférence avec le Kremlin, ses alliés européens qu’une invasion de l’Ukraine par la Russie pourrait-être imminente et s’est dite «prête à réagir » en cas d’agression militaire, cette menace est-elle prise au sérieux par les dirigeants européens ? Réagissent-ils correctement aux menaces ?

Dr. Florent Parmentier : La menace d’un conflit en Ukraine ne peut naturellement qu’inquiéter les Européens, qui seront les premiers impactés en cas de conflit, ce pays étant frontalier de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Pologne. De plus, c’est un pays de transit traditionnel pour le gaz russe, source d’approvisionnement importante pour les Européens. 

Cependant, il n’y a pas consensus sur la vraisemblance d’une attaque russe à grande échelle de l’Ukraine. Le fait que la Russie exhibe ses forces en manœuvrant près de 100.000 hommes selon certaines estimations semble apparaître comme le prélude à une négociation qu’à la préparation d’une guerre, dont aucun camp ne pourrait réellement sortir gagnant.

Si les Européens sont globalement sur une ligne cohérente – affirmant une volonté de défendre la souveraineté de l’Ukraine, tout en évitant un conflit – l’importance relative accordée à la vraisemblance d’un conflit de haute intensité varie selon les Etats.  

François Campagnola : Les Européens ont très largement dit qu’ils étaient préoccupés par la situation de la mobilisation d’importantes forces russes à la frontière ukrainienne. Ils n’en ont toutefois pas directement tiré qu’une invasion de l’Ukraine est imminente. De ce point de vue, il semble y avoir un décalage d’appréhensions entre les positions américaines et européennes. A rappeler qu’on s’était trouvé dans une situation qui ressemble à celle d’aujourd’hui en juin dernier et que les Russes avaient finalement retiré leurs troupes à la suite d’un contact direct entre les deux présidents américains et russe. Il y a en outre dans tout cela une situation de poker menteur où le bluff joue un rôle mais une erreur d’évaluation ou un accident est toujours possible qui pourraient entrainer les parties au-delà de ce qui peut être prévu au départ.

À LIRE AUSSI

Et si la Russie envahissait l’Ukraine ?


Dans un communiqué, les dirigeants de l’Allemagne, des États-Unis, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni ont « exprimé leur détermination à ce que la souveraineté » de l’Ukraine « soit respectée ».  Au-delà de cette prise de position, les dirigeants européens ont-ils une position claire sur le sujet russo-Ukrainien ? Quels sont les rapports de force internes ?

Dr. Florent Parmentier : Washington a déjà affiné sa stratégie dans le cas d’un conflit entre la Russie et l’Ukraine, pronostiqué pour janvier ou février, en alliant soutien à l’armée ukrainienne, fortes sanctions économiques et renforcement des capacités régionales de l’OTAN. 

De leur côté, les Européens ont réaffirmé la nécessité de défendre la souveraineté ukrainienne, mais n’enverront pas plus de troupes que l’OTAN. En revanche, on peut estimer qu’ils prendront toute leur part dans un jeu de sanctions économiques. A cette occasion, l’orientation politique de la nouvelle coalition allemande sera testée, avec une ligne qui sera déterminée par le chancelier Scholz mais tempérée probablement par une Ministre des affaires étrangères issue du rang des Verts, généralement plus durs sur la Russie.             
Au passage, du côté des signataires, il est frappant d’observer la présence du Royaume-Uni, qui n’est plus membre de l’UE, mais surtout l’exclusion de la Pologne, pays connu pour ses positions dures sur la Russie, et qui ne fait donc pas partie des pays signataires, en dépit d’une connaissance fine de la région. Les dirigeants polonais paient sans doute une attitude du gouvernement en place hostile vis-à-vis de l’UE.

François Campagnola : A ma connaissance, aucune des parties occidentales n’a évoqué la possibilité d’une réponse militaire à une invasion de l’Ukraine et l’administration Biden a clairement fait savoir qu’il y aurait une réponse forte mais limitée au domaine des sanctions économiques. La presse se fait l’échos d’une possibilité d’exclusion de la Russie du système d’échanges d’informations financières Sift qui pourrait handicaper lourdement l’économie russe. Enfin, l’expérience a montré que, tant en ce qui concerne l’invasion de la Géorgie en 2008 que lors de l’annexion de la Crimée, l’OTAN est resté l’arme au pied. Cela n’empêche pas les Américains d’aider les forces armées ukrainiennes à s’équiper. Mais, là également, la prudence s’impose.

L’intégralité de l’entretien peut être lu ici.