Quid si Vladimir Poutine allait plus loin ?(PARMENTIER – Atlantico)

Selon certains stratèges, l’hypothèse d’un président russe décidant de s’en prendre à des pays membres de l’Otan ou de l’Union européenne ne peut plus être totalement écartée.

Atlantico : Selon certains stratèges, l’hypothèse d’un président russe décidant de pousser l’offensive hors d’Ukraine voire de s’en prendre à des pays membres de l’OTAN ou de l’Union Européenne ne peut plus être totalement écartée. A quel point ce scénario est-il peu probable ? Pourquoi est-il pour autant nécessaire de l’envisager ?

Pierre Conesa : Une grand partie des observateurs ont jugé la phase préalable à l’invasion, en supposant que Poutineétait un dirigeant raisonnable qui ne prendrait pas le risque d’un conflit majeur.

On s’est trompé car en même temps que le dirigeant russe parlait de négociations, il préparait un plan d’invasion selon quatre ou cinq axes différents qui démontraient son intention de reconquérir l’Ukraine dans sa totalité. L’OTAN n’a pas l’intention d’intervenir en Ukraine qui n’est pas membre, idem sur la Moldavie, prochaine étape probable si l’intention est de reprendre la main sur l’ancien espace soviétique : même contexte international même paralysie des Occidentaux.

L’attaque contre un pays membre de l’OTAN me paraît assez improbable, mais encore une fois Poutine est seul décideur.

Florent Parmentier : Depuis une semaine, on ne peut plus écarter les scénarios les plus pessimistes. L’Ukraine ne bénéficie pas de la protection de l’OTAN, matérialisée par l’article 5 de la charte de l’OTAN.

Il faut repartir de la rationalité de Vladimir Poutine, qui sur cette action semble avoir pris une orientation ferme : il a choisi d’attaquer délibérément l’Ukraine, au détriment de la stabilité interne de la Russie et de sa réputation internationale. L’objectif n’était sans doute pas partagé par l’appareil d’Etat, plus conscient des risques de cette guerre, ainsi que par la population, dont une partie se détourne nettement des médias officiels en prenant des risques importants pour aller manifester. La décision a toutefois été prise de lancer une guerre pour démilitariser l’Ukraine et se lancer dans une opération de changement de régime, qui ne peut réussir.

Une attaque contre un des Etats-membres de l’OTAN ou de l’UE impliquerait de fait la mobilisation de l’Armée américaine et des alliés. Nous passerions dans une autre dimension du conflit. Cela paraît à ce stade difficilement envisageable, mais pour autant, envisager ces différents scénarios permet plus sûrement d’en conjurer la possibilité. 

Parmi les cibles potentielles, on évoque la Moldavie dont on souligne les similitudes avec l’Ukraine. Les réactions de la communauté internationale seraient-elles les mêmes qu’actuellement ?

Pierre Conesa : Moscou semble avoir décidé de ne parler que le langage de la force tant vis-à-vis d’éventuelles sanctions occidentales que du changement de statut de la Finlande en annonçant des mesures de rétorsion comme l’Occident « n’en a jamais connues » : menace ou risque majeur (guerre et emploi du nucléaire?). La seule option ouverte aux pays membres de l’OTAN est de renforcer les capacités militaires des pays frontaliers (anciens pays satellites et surtout Etas baltes) pour démontrer leur intention de ne pas céder. Cela dit quid de Kaliningrad qui est enclavé entre la Pologne et les Pays Baltes.

Cela dit la guerre n’est pas terminée en Ukraine qui est un pays légèrement plus vaste que la France, qui ne l’oublions pas a généré des phénomènes de résistance anti russe importants (des maquis ont duré jusqu’en 1954). Occuper des villes transforme l’offensive classique en guerre urbaine (plus meurtrière). Plus la guerre d’invasion durera, plus il faudra adopter une posture diplomatique souple (livraison d’armes , sanctuarisation des éventuels maquis….).

Florent Parmentier : La Moldavie se trouve dans un cas différent : sa Constitution prévoit un statut de neutralité (article 11). Son territoire à l’Est, la Transnistrie, échappe à l’autorité de Chisinau depuis le début des années 1990, mais il n’y a pas eu de combats depuis. En 2019, un gouvernement de courte période a uni les forces « pro-russes » et les forces « pro-européennes ». Aujourd’hui, la gouvernement de Maïa Sandu poursuit un rapprochement avec l’Union européenne, qui a vu la réorientation de son commerce extérieur. Elle est « à la croisée des mondes », pour reprendre le titre d’un ouvrage que j’avais co-signé avec Josette Durrieu en 2019. Espérons qu’elle sera épargnée par les affrontements militaires…

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