En ce jour de commémoration des victimes des attentats 11 septembre 2001, une brève réflexion philosophique peut être fructueuse.
Le 11 septembre 2020, je faisais paraître mon essai 10 attentats qui ont changé le monde, à Paris, aux éditions Armand Collin, grâce à mon éditrice d’alors, Anne-Sophie BOURG.
Pour moi, l’analyse géopolitique devait prolonger la réflexion philosophique : ce livre complétait mon étude philosophique Qu’est-ce que le terrorisme, paru aux éditions philosophiques Vrin à Paris en 2018, dans la collection « chemins philosophiques ». Je parachevais ainsi plus d’une décennie consacrée à l’étude du terrorisme avec le soutien d’Antoine GARAPON et de Paul CLAVIER.
Evénement inaugural de l’âge de la terreur, les attentats du 11 septembre 2001 se signalent à nous par plusieurs caractéristiques distinctives qui ont déterminé ensuite deux décennies de politiques extérieures, de stratégies de sécurité intérieure et d’évolution des pouvoirs publics, dans les sociétés ouvertes comme dans les régimes autoritaires :
- La massification du terrorisme : les attentats du 11 septembre 2001 ont érigé le massacre à grande échelle en tactique politique. En franchissant un saut quantitatif (plus de 2700 victimes directes), l’attentat terroriste a pris un tournant qualitatif. Pour avoir un effet médiatique, psychologique et politique mondial, les terroristes ont privilégié l’ampleur du massacre sur la valeur symbolique des cibles des attentats précédents (base militaire, institution publique, etc.)
- L’effet de choc triangulaire de « l’effet terroriste » : les attentats du 11 septembre manifestent que la violence terroriste est directe et indirecte. Les morts, les blessés et les destructions sont des moyens d’atteindre la réputation d’un Etat, le moral d’une population, la confiance d’une nation dans ses pouvoirs publics. Si le massacre est une violence directe contre des personnes et des biens, l’attentat, lui, atteint sa cible indirecte réelle, l’Etat, par l’intermédiaire de l’effet de souffle médiatique donné par la couverture de l’attentat.
- L’impossibilité de la victoire militaire : les réactions aux attentats du 11 septembre (opération contre l’Irak et opération contre l’Afghanistan) ont montré les limites de la réponse militaire pour lutter contre une tactique, l’attentat, qui maximise les effets de terreur en minimisant les coûts militaires (pour l’organisateur). En somme, la victoire contre l’attentat est moins à chercher sur le champ de bataille lointain que dans la restauration de la confiance des populations civile.
Les défis de la lutte anti-terrorisme actuelle sont à la fois semblables et différents : semblables car c’est toujours le moral d’une communauté qui est visé. Mais différents car les auteurs ont changé (les Etats utilisent ces tactiques), les techniques ont évolué (attaques au couteau et cyberattaques) et les motivations politiques se sont transformées (le terrorisme d’extrême droite s’est affirmé).
Aujourd’hui plus que jamais, face au terrorisme, la réflexion est aussi un moyen de résister aux effets de terreur.


