Entretien avec Philippe PERCHOC : de Vienne, Versailles, Yalta, Maastricht et de quelques autres lieux

5 février 2015
Perchoc 2
EurAsia Prospective : vous évoquez, dans votre introduction, une brillante analyse sur les quatre modèles de sécurité après 1991 : Vienne, Versailles, Yalta et Maastricht. Dans cette perspective, que vous inspirent les relations entre l’Europe, la Russie et l’Ukraine début 2015 ?
Philippe Perchoc : l’idée de mon introduction était de dire que si l’on prenait le terme « Guerre Froide » au sérieux, alors la période qui s’ouvre après 1991 est un « après-guerre ». Si on le compare à d’autres après-guerres européens en 1815, 1918, 1945, on se rend compte que différents modèles sont apparus: inclusifs (réintégrant la France après les défaites de Napoléon), exclusif (éloignant l’Allemagne après 1918), multipolaire ou bipolaire comme après Yalta. Le fait est que l’élargissement de l’Union européenne et de l’OTAN, combinée à l’exclusion de la Russie de la sécurité européenne (dans les Balkans, en Europe orientale) ont eu pour effet de permettre à une certaine élite russe de jouer la carte du nationalisme et de la victimisation. La Russie est devenue une puissance contestataire et elle tente de s’assurer une hégémonie aux marges du système euro-atlantique. Malheureusement, l’Europe est probablement en train de se bipolariser de nouveau, mais aussi de s’hétérogénéiser: la Russie ne se reconnait plus dans le modèle occidental de la démocratie libérale, elle tente de qualifier sa démocratie autrement, « souveraine » ou « dirigée ».

EAP : Votre ouvrage constitue une réflexion originale sur le rôle des petits Etats dans les relations internationales, dont les champs d’études concernent plus généralement les grandes puissances. Les petits Etats font-ils ce qu’ils doivent ou ce qu’ils peuvent ? 
Ph.P. : Je reprends ici une formule de l’Histoire de la Guerre du Péloponnèse, « les grands font ce qu’ils veulent, les petits font ce qu’ils doivent », pour la nuancer. Il y a un pouvoir des sans pouvoirs comme disait Vaclav Havel, les petits font ce qu’ils peuvent et ils peuvent beaucoup. Les petits Etats sont les plus nombreux, mais les études les concernant ne remplissent que quelques étagères de bibliothèques. Pourtant, il y a là beaucoup à apprendre.
EAP : Vous avez également publié en 2014 Correspondances européennes, dans lequel vous recueillez des histoires européennes, glanées au fil des rencontres. L’Europe a besoin de nombreuses histoires pour mieux se connaître plutôt que d’un seul récit ; allez-vous écrire un nouvel opus sur ce modèle ? 

Ph.P. : Je ne sais pas si j’écrirai de nouveau sur le même modèle. C’est bien possible. Dans tous les cas, mes carnets européens restent ouverts. Nous avons besoin d’histoires.

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