L’Arctique, pôle de la mondialisation

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Christina VENARD – 2 juin 2015

Depuis plusieurs années, l’Arctique est revenu sur le devant de la scène stratégique, à mi-chemin entre coopération et confrontation. Il est donc éclairant d’examiner ses différents enjeux stratégiques.

In recent years, the Arctic region has been described as a new strategic frontier in international relations. It fuels renewed interest for the region which centres around a subtle balance between confrontation and cooperation.

Le lancement, le 25 mai dernier, de l’Arctic Challenge Exercise 2015 (1) témoigne du progressif retour de l’Arctique sur le devant de la scène internationale. Ces opérations aériennes encadrées par l’OTAN, réponses aux manoeuvres militaires sans précédent de la part de Moscou dans l’Arctique, soulignent l’importance stratégique de cet espace.

Pactole énergétique et risques environnementaux

Région au coeur de la confrontation entre Washington et Moscou durant la Guerre Froide, l’Arctique attire une attention particulière et connaît de nouvelles perspectives. Le changement climatique consacre un intérêt renouvelé pour la région, notamment sur le plan énergétique, l’Arctique détenant près de 22% des réserves mondiales en hydrocarbures non découvertes à l’heure actuelle, sources de multiples convoitises. Bien que la quasi totalité des ressources naturelles en Arctique ait été attribuée aux Etats riverains, conformément aux principes du droit international, il subsiste une certaine rivalité géopolitique quant à l’allocation des réserves à découvrir. L’exploitation de ces ressources énergétiques pose également la question de la préservation de l’environnement alors que l’on assiste à une réduction conséquente de la banquise dans la région arctique (2). L’accélération de la fonte des glaces, malgré ses implications négatives sur le plan environnemental, permet l’accès à de nouvelles routes commerciales et facilite l’exploitation de certaines ressources à l’instar du pétrole. Dans cette perspective, l’enjeu environnemental apparaît majeur bien que confronté à l’influence croissante des lobbies pétroliers, en atteste la récente décision de Washington qui autorise les forages dans l’Océan Arctique (3).

Le dégel des rivalités

L’accroissement de l’attractivité de l’Arctique s’est ainsi traduit par le développement d’une certaine concurrence entre les Etats riverains, en l’occurrence la Russie, les Etats-Unis, le Canada, la Norvège, la Suède, la Finlande, le Danemark ainsi que l’Islande, mais également par la nécessité d’une coopération plus affirmée afin de faire face aux défis de cette nouvelle frontière des relations internationales. Bien que la région soit caractérisée par une tension géopolitique affirmée entre les Etats riverains, la perspective d’un affrontement militaire de grande ampleur semble, à l’heure actuelle, inconcevable compte tenu de conditions climatiques intenses. Cet environnement naturel à la fois extrême et incertain exige, dès lors, le développement d’une coopération interétatique (4). La création du Conseil de l’Arctique, sous présidence américaine depuis le 24 avril dernier, participe à cette ambition, notamment dans les domaines du développement économique, de la croissance maritime, de la recherche scientifique et de l’environnement. L’émergence de telles instances intergouvernementales a contribué au renforcement de la collaboration scientifique entre les Etats riverains ainsi qu’à l’approfondissement des travaux de recherche en matière de développement durable.

Au coeur de la mondialisation

L’Arctique s’établit comme un des rares espaces au monde à bénéficier d’une marge d’évolution conséquente. La région réussit à s’imposer comme un véritable accélérateur de la mondialisation, offrant de nouvelles perspectives quant à la croissance de l’économie mondiale en proie à de nombreux doutes, dans un contexte de raréfaction des ressources. L’émergence de nouvelles ambitions sur le plan stratégique et militaire de la part des Etats riverains tend, cependant, à remettre en cause l’équilibre entre coopération et confrontation. La décision de compagnies américaines et européennes de suspendre leur coopération avec des sociétés russes dans le domaine de la prospection et de la production de pétrole en eaux profondes, compte tenu de la situation en Ukraine, témoigne, en effet, de la progressive mise en place d’un climat de méfiance voire de défiance au sein de la région arctique. Christina Venard   @ChristinaVnrd

(1) Suède: l’OTAN lance des exercices aériens d’envergure, Sputnik, 25 mai 2015: http://fr.sputniknews.com/defense/20150525/1016256028.html

(2) La superficie des glaces d’hiver de l’Arctique au plus bas, Le Monde, 20 mars 2015: http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/03/20/la-superficie-des-glaces-de-l-arctique-au-plus-bas_4597618_3244.html

(3) Shell peut désormais forer au large de l’Alaska au grand dam de Greenpeace, Euronews, 13 mai 2015: http://fr.euronews.com/2015/05/13/arctique-shell-peut-desormais-forer-au-large-de-l-alaska-au-grand-dam-de/

(4) Référence à Michael Byers: A vast, sparsely populated region with only a handful of nation-states; only a few, relatively minor boundary disputes; and a pre-existing framework of universally accepted international rules, centrally including the law of the sea. If humanity cannot cooperate in the Arctic, it cannot cooperate anywhere in Who Owns the Arctic – Understanding Sovereignty Disputes in the North, Douglas&McIntyre, 2009

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