L’OTAN en manoeuvres aux portes de l’espace russe

23 juillet 2015 – Cyrille BRET (@cy_bret)

Après avoir mené l’exercice amphibie BALTOPS en Baltique du 1er au 15 juin (cf. tribune du 20 juin 2015 pour Atlantico.fr), l’OTAN réalise, depuis le 20 juillet denrier, des manoeuvres terrestres dans la région de Lvov. Elles se déroulement maintenant dans l’ouest de l’Ukraine,  où 300 instructeurs américains soutiennent l’armée ukrainienne.

S’agit-il de préparatifs pour une intervention militaire américaine directe dans le conflit du Donbass ? d’une nouvelle maladresse ? d’une mesure préventive ? ou d’une provocation à l’égard de la Russie ? Cyrille BRET analyse ces démonstrations de forces aux portes de la Russie pour la radio de l’agence de presse russe Sputnik (du groupe RIA Novosti).

http://fr.sputniknews./analyse/20150723/1017199562.html

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Les vastes manœuvres militaires internationales, lancées depuis le 20 juillet en Ukraine sous le commandement américain et ukrainien, menacent le fragile processus de paix dans le Sud-Est du pays, souligne le ministère russe des Affaires étrangères.

D’une ampleur sans précédent, impliquant 1.800 soldats de l’Ukraine, des Etats-Unis et de 16 autres pays, les exercices Saber Guardian/Rapid Trident 2015 se dérouleront jusqu’au 31 juillet sur le polygone ukrainien Iavorov (région de Lvov), près de la frontière polonaise. En réponse, la Russie projette de mener des tirs de missiles lors de la Journée de la Marine russe, fin juillet, à Sébastopol, en Crimée.

Le drapeau américain hissé dans le stade d’Iavorov est «un signe vers l’extérieur, vers l’Est, notamment vers la Russie», souligne Cyrille Bret, haut fonctionnaire et universitaire français, créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia, professeur à Sciences-Po. C’est un signe également à l’égard de l’intérieur, pour l’Europe de l’Est, et c’est un geste qu’on peut qualifier soit d’agressif soit de maladroit. C’est une continuation des opérations BALTOPS en mer Baltique qui marque la présence et la détermination des Etats-Unis dans la région.»

L’un des objectifs affichés des exercices est de relancer la réassurance, un mécanisme de solidarité en cas d’une telle agression, un « mécanisme qui, du fait de la fin du pacte de Varsovie, était tombé en désuétude et qui a été particulièrement mis à mal par les opérations en Afghanistan ».

La soi-disant menace russe est «le principe sur lequel sont bâties les actions de l’OTAN depuis maintenant deux ans, fustige Cyrille Bret. Pour les Occidentaux, c’est une agression caractérisée qui mérite exactement le même traitement qu’un conflit transfrontalier international.» A l’occasion du départ des exercices Rapid Trident 2015, le ministre canadien de la Défense, Jason Kenney, a expliqué que l’objectif de cet entraînement était d’aider l’Ukraine à résister et à défendre son intégrité territoriale. «Alors que les agressions du régime de Poutine se poursuivent en Ukraine, le Canada continue d’axer la priorité sur l’établissement de capacités de défense et la consolidation de partenariats en Europe de l’Est», a-t-il indiqué.

Entre-temps, les exercices coïncident avec l’activité accrue du mouvement ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor (Secteur droit) dans la région. Après la fusillade de Moukatchevo, les pays frontaliers avec l’Ukraine ont peur de ce qui en train de se passer en Transcarpatie. Les contrôles de sécurité des citoyens ukrainiens ont été renforcés à la frontière de la Hongrie, puis de la Slovaquie. Cyrille Bret continue: «Les manœuvres ont également pour but de laver la succession de défaites subies par le gouvernement de Kiev durant ces derniers mois, la plus célèbre d’entre elles étant celle de Debaltsevo. Plutôt que le souci américain de répondre à Pravy Sektor, je pense que ce sont les enjeux d’une offensive autour de Marioupol. Il s’agit de prévenir en usant de la démonstration de force et en roulant des mécanismes sur tout l’espace de l’ancien « étranger proche » de l’URSS et de la Russie».Une présence permanente s’ajoute aux exercices. Fin avril, 300 parachutistes américains ont été déjà déployés pour plusieurs mois dans l’Ouest de l’Ukraine dans le cadre de l’opération Fearless Guardian (Gardien sans peur) afin d’entraîner 900 soldats de la Garde nationale ukrainienne. La formation commencera cet été et aura principalement lieu au Centre de partenariat de l’OTAN pour la formation et l’éducation au maintien de la paix de Yavorov et au centre de déminage du ministère ukrainien de la Défense à Kamenets-Podolski, toujours dans l’Ouest du pays.

L’organisation de ces manœuvres a été critiquée par le ministère russe des Affaires étrangères. «De telles actions, qui alimentent les sentiments revanchards du parti de la guerre à Kiev sont à même de provoquer une rupture des progrès apparents du processus de paix dans l’Est», a-t-il fait valoir. «Non seulement l’OTAN n’est pas prête à reconnaître le caractère erroné et les possibles conséquences explosives de tels exercices, mais elle en augmente considérablement l’ampleur», a poursuivi la diplomatie russe.

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