Une crise économie russe qui dure

Cyrille BRET – 12 août 2015

Le 11 août 2015, l’agence fédérale des statistiques de Russie (Rosstat) a livré un tableau sombre sur l’état de l’économie russe. Le PIB a reculé de -4,6% lors du deuxième trimestre comparé au deuxième trimestre 2014. Cyrille BRET répond aux questions d’Atlantico sur les déterminants et les conséquences de la crise économique russe.

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Atlantico : avec une baisse de 4.6% du PIB, l’économie russe fait face à sa plus forte récession depuis 2009. Entre les sanctions internationales et la baisse du prix du pétrole, quelles sont les principales causes de cette situation ? Les autorités y ont-elles tout de même réagi efficacement ?

Cyrille BRET : les données produites par Rosstat (l’équivalent de l’INSEE en Fédération de Russie) sur l’économie russe sont préoccupantes. Outre la contraction du PIB de plus de 4,5% au deuxième trimestre 2015 par rapport au deuxième trimestre 2014, plusieurs indicateurs sont inquiétants. Même si le taux de chômage est limité (5,4% en juin), le cours du rouble est en forte baisse : la monnaie russe a perdu plus de 40% de sa valeur face au dollar américain depuis 12 mois malgré les efforts de la Banque centrale de Russie. Mais surtout, la production industrielle s’est contractée de 20% durant les trois derniers mois et l’inflation est forte : le FMI la prévoit à 18% lissée sur l’année.

Les déterminants de cette crise économique et financière sont bien connus : les sanctions internationales frappent l’économie russe là où elle est en difficulté : le financement et l’investissement. En tarissant le financement international de l’économie russe, les Occidentaux ont donné à l’économie russe une « poison pill » qui fait effet à plein régime en 2015, comme annoncé par les autorités russes. De plus, les cours actuels des hydrocarbures (un pétrole autour des 50US$ le baril) se situent à la moitié du cours anticipé par les autorités russes pour bâtir leurs hypothèses de croissance.

Face à deux facteurs très largement exogènes (les sanctions occidentales et les cours des hydrocarbures) les autorités russes n’ont pas de marges de manoeuvre à court terme. La seule attitude possible est de réformer sur le long terme… et d’attendre une remontée des cours des hydrocarbures.

Atlantico : Le Financial Times pointe du doigt le risque d’une nouvelle crise financière en Russie, notamment en raison de la fragilité du secteur bancaire. S’agit-il d’un scénario crédible ? Dans quelle mesure la situation actuelle peut-elle être comparée à la crise financière de 1998 ? Une tel scénario représente-t-il une menace à l’international ?

Cyrille BRET : la fragilité du secteur bancaire est détectée depuis longtemps comme le talon d’Achille de l’économie russe. Outre les sanctions visant à couper la possibilité, pour les banques russes, de se financer sur les marchés financiers internationaux, plusieurs facteurs structurels affaiblissent le secteur bancaire russe : le régime de propriété est mal garanti de sorte que les investissements de long terme sont peu encouragés, le système judiciaire russe a un rythme peu adapté au cycle des affaires, les sorties de capitaux sont importantes, etc. C’est tout le climat juridique, administratif et politique qui fragilise, directement ou indirectement le secteur financier.

 

Atlantico : Quelles sont les conséquences de cette récession sur la situation politique russe, et plus particulièrement sur Vladimir Poutine? 

Cyrille BRET : pour le moment, les conséquences sont limitées. Le président russe, fort de l’union nationale, aussi bien réelle que suscitée par ses soins, fonctionne à plein. Aucune figure politique rivale n’émerge : Alexeï Navalny est encore marginal même s’il a la faveur de certains médias occidentaux et aucun parti n’érode l’ultra-domination du partie Russie juste dans les provinces et à la Douma, chambre basse du parlement russe.

La situation intérieure est, pour le moment, stable car les citoyens de la Fédération de Russie soutiennent largement des autorités qui font face, à l’extérieur, à ce qui est ressenti comme une agression de l’OTAN, et, à l’intérieur, à ce qui est considéré comme une série de sanctions illégitimes.

Les conditions d’un changement politique en Russie sont loin d’être réunies.

Atlantico : la perspective baissière du marché pétrolier, notamment en raison d’une levée de l’embargo iranien, pourrait avoir conséquence de voir le prix du baril de pétrole rester durablement bas. Quelles sont les conséquences à attendre d’une telle situation sur l’économie et la finance russe ?

Cyrille BRET : les analystes des marchés énergétiques pointent plusieurs facteurs baissiers de moyen terme. Outre le retour graduel du pétrole iranien sur les marchés mondiaux, les décisions de l’OPEP, l’abondance des énergies non conventionnelles (pétrole et gaz de schiste), le développement de sources alternatives pour le moment marginales (éolien, solaire), etc. concourent à ce que l’offre soit abondante et donc peu chère. A cela s’ajoute l’intérêt direct des Saoudiens à miner les prix du pétrole afin de priver l’Iran de revenus. Du côté de la demande, le ralentissement de la croissance chinoise contribuera également à maintenir les cours plus bas que ce que l’économie russe a connu ces dernières années.

En conséquence, l’économie russe, structurellement dépendante des exportations de matières premières, sera durablement touchée par ces phénomènes.

Lorsque le président russe promet un retour à la croissance dès 2016, il s’avance sans doute un peu.

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