Poutine, un désir d’Occident ? (BRET et PARMENTIER pour Atlantico)

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Atlantico : Dans son message annuel adressé à l’assemblée fédérale, Vladimir Poutine s’est montré particulièrement conciliant vis-à-vis de l’Occident et des États-Unis. Il y a notamment expliqué que la Russie ne cherchait pas le conflit mais avait besoin d’amis. Comment expliquer un tel revirement pro-occidental ?

Florent Parmentier : Le Président Poutine a signé un nouveau décret en matière de politique extérieure de la Russie, qui reprend un certain nombre de discours forts martelés depuis des années, comme le principe de non-ingérence.

Mais certains éléments laissent apparaître un changement d’attitude de la Russie vis-à-vis des Européens et des Américains. On évoque par exemple de nouveau le fait que l’Union européenne reste un partenaire économique et politique important pour l’Etat russe, et pose de nouveau la question du régime de visa. On déplore la présence de l’Otan aux frontières de la Russie, mais on entend bâtir des relations avec l’Alliance sur le fondement d’un partenariat efficace.

Ce rapprochement n’est pas si surprenant dans la mesure où Vladimir Poutine avait commencé son premier mandat avec une volonté marquée de rapprochement avec les Etats-Unis dans la foulée du 11 septembre. C’est avec la guerre en Irak et suite au discours de Munich (février 2007) que les relations s’étaient nettement détériorées, jusqu’à la guerre avec la Géorgie (août 2008). La politique du « redémarrage » sous Obama n’a pas eu les effets escomptés, avant que la relation ne subisse sa plus grande détérioration depuis la chute de l’URSS avec le conflit en Ukraine en 2014, et l’annexion de la Crimée.

L’inflexion à laquelle nous assistons dépend d’une structure d’opportunité où le Kremlin voit des gouvernements plus favorables arriver dans un certain nombre de pays-clés, dont évidemment en premier lieu les Etats-Unis.

Cyrille Bret : Il est encore très prématuré de parler de revirement pro-occidental. Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est une inflexion dans les discours. Les différences présidences Poutine sont coutumières de l’aller-retour entre le chaud et le froid. La conjoncture actuelle est particulièrement favorable à la Russie : d’un côté, il existe désormais une perspective de remontée des cours du pétrole. De l’autre, plusieurs responsables politiques occidentaux – aux affaires ou seulement candidats – se sont déclarés favorables à une levée des sanctions qui pèsent aujourd’hui sur la Russie. N’oublions pas non plus la victoire militaire nette, dorénavant à portée de main, en Syrie. Toutes ces dimensions offrent à Vladimir Poutine une position de force qui lui permet d’être plus conciliant pour rompre l’isolement de la Russie.

Nous sommes encore très loin d’un revirement pro-occidental du président russe. Les tensions militaires, politiques, diplomatiques et médiatiques demeurent innombrables entre l’Europe et la Russie ou les États-Unis. En vérité, ce n’est même pas un début : c’est une technique de communication. C’est de l’affichage de la part de Vladimir Poutine, mais il faut bien réaliser qu’il n’y a pas de rapprochement à l’ordre du jour.

L’année 2017 devrait être celle de Vladimir Poutine : le tempo lui est très favorable. Ce sera d’abord la prise de fonction très progressive du président Trump, qui n’a pas d’expérience de la diplomatie. Cela laissera donc six mois de liberté et de marge de manœuvre au président russe. Ce sera également l’élection française, qui paralyse traditionnellement l’action de nos autorités. En Allemagne, la situation devrait être la même. Par conséquent, sur les différents fronts syrien, ukrainien, et des sanctions, l’année 2017 devrait bénéficier à Vladimir Poutine. Il devra affronter les électeurs à la fin de l’été dans cette position très confortable.

On peut également noter que Vladimir Poutine rallie un certain nombre de chefs d’États occidentaux à ses thèmes : lutte contre l’islam, d’une part, faire du terrorisme une priorité absolue de la géopolitique mondiale, la reconstitution d’une zone d’influence russe en Europe… De plus en plus de leaders occidentaux le rejoignent sur ces thématiques. C’est le cas de Donald Trump, mais aussi de François Fillon – qui reste candidat pour l’instant – ou de Viktor Orban, le président hongrois. À ce titre, on peut dire de Vladimir Poutine qu’il promeut toute une série d’inflexions idéologiques importantes en Europe.

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