Jeux du Commonwealth 2018: le Brexit et l’Australie sur la scène mondiale (BRET dans Les Echos)

Après les 23ème Jeux Olympiques d’Hiver en Corée et en attendant la 21ème Coupe du Monde de football en juin et juillet en Russie, les Jeux du Commonwealth s’ouvrent le 4 avril 2018 en Australie. Ils revêtent une grande importance pour le monde britannique et la stratégie d’influence du Royaume-Uni. Cette année, leur impact sera redoublé par leur lieu (l’Océanie) et par leur date, quelques jours avant l’ouverture du Sommet de l’Organisation du Commonwealth à Londres dont le Royaume-Uni prendra la présidence tournante.

Le texte est à lire ici : Bret Jeux Commonwealth

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Un carrefour médiatique pour le monde britannique ?

« Le sport, c’est bien plus que du sport » selon l’expression de Pascal Boniface : il en va ainsi aussi pour la 21ème édition des Jeux du Commonwealth : elle rassemble les délégations de 71 nations issues de tous les continents, dont le Canada pour l’Amérique du Nord, et sans doute plusieurs millions de téléspectateurs pour la cérémonie d’ouverture à Brisbane.

Depuis 1930, tous les quatre ans, ces compétitions réunissent les 53 nations de l’Organisation Commonwealth britannique et au-delà. Successivement dénommés « Jeux de l’Empire britannique » puis « Jeux du Commonwealth britannique » à mesure que la décolonisation s’est accentuée, ils maintiennent, sur le plan sportif, culturel et symbolique, le lien du Royaume-Uni avec les Etats liés historiquement à la couronne britannique par la colonisation, la langue, la culture, les échanges économiques, l’éducation, etc. Sur le plan symbolique, la tradition veut qu’une course en relai parte de Buckingham Palace vers le lieu des Jeux, portant un message du monarque britannique à la cérémonie d’ouverture des Jeux à travers le monde (cf. carte).

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La communauté culturelle s’illustre dans la sélection des sports officiels : sur 26 sports sont reconnus par le comité d’organisation, la compétition met l’accent sur les sports populaires dans le monde anglo-saxon comme le rugby à 7, le boulingrin et le netball.

Cette compétition jouit du statut de carrefour du monde britannique grâce à son audience : 9 millions de téléspectateurs ont regardé la cérémonie d’ouverture de l’édition 2014 à Glasgow et 1,5 million de téléspectateurs en moyenne sont attendus pour l’édition 2018 en Australie. Au plan diplomatique, ils se réuniront également en sommet à Londres au même moment. De plus, ces compétitions donnent lieu à des controverses politiques classiques : en 1986, les nations non-européennes boycottèrent l’événement organisé à Edimbourg en raison du maintien par le gouvernement Thatcher de liens sportifs avec l’Afrique du Sud de l’Apartheid et, pour l’édition 2010 à Delhi, des scandales de corruption ont éclaté.

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Une place centrale pour l’Australie dans l’espace indo-pacifique ?

En Asie, la dynamique de négociation intercoréenne apparue à l’occasion des Jeux d’Hiver paraît de bon augure. Mais peut-il y avoir un effet « Jeux du Commonwealth » comme il y a eu un effet « Jeux de Pyeongchang » ? On peut en douter car ces Jeux serviront à l’Australie pour affirmer son rôle, à la charnière entre l’Océan indien et l’Océan Pacifique, face à la Chine.

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Pour l’Australie qui accueillera la compétition pour la sixième fois, le contexte est bien différent de celui des Jeux Olympiques de Sydney de 2000 et des jeux du Commonwealth de 2006 à Melbourne. De nouveau, le pays déploie ses efforts militaires conséquents : il a annoncé une augmentation drastique de ses budgets de défense jusqu’à atteindre 2% du PIB en 2021. Il a commandé à la France pas moins de 12 sous-marins, ce qui constitue le programme phare d’un vaste programme de réarmement : le pays reconstitue sa marine et son aviation pour être capable de se déployer dans ces immenses espaces face à l’activisme de la Chine qui a lancé une version maritime de sa nouvelle Route de la Soie.

En accueillant les sélections du Commonwealth, l’Australie manifestera sa capacité fédératrice dans des zones (océans Pacifique et Indien) où l’expansion de la flotte chinoise inquiète.

Le Commonwealth peut-il remplacer l’Union européenne pour le Royaume-Uni ?

En Europe, cette compétition aura un impact. Elle interviendra au moment où les négociations sur le Brexit seront une nouvelle phase mais aussi au moment où le Royaume-Uni occupera la présidence tournante de l’organisation du Commonwealth, de 2018 à 2020. On s’en souvient le renforcement des liens avec le Commonwealth a constitué un argument très important, durant la campagne référendum, dans l’argumentaire des partisans du Brexit. Pour les Brexiters, Boris Johnson au premier chef, le Brexit sera l’occasion de développer le commerce avec le Commonwealth et de renouer avec le grand large et la politique internationale. Moins d’Europe et plus de Commonwealth, selon un principe de vase communicant.

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Mais, durant la campagne, les 52 nations du Commonwealth ont au contraire milité pour le « Remain ». Il est vrai que le commerce entre le Royaume-Uni et le Commonwealth peine à progresser : il représente depuis des années 10% du PIB britannique et seulement le quart du commerce du Royaume-Uni avec l’UE.

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Le Brexit est-il une bonne nouvelle pour le Commonwealth ? Bien des membres, notamment africains et caribéens du Commonwealth redoutent le Brexit : grâce à l’adhésion du Royaume-Uni, ils étaient indirectement liés à l’Union européenne, à ses accords de libre-échange, à ses budgets d’aide au développement et à son sérieux budgétaire. Réciproquement, le Brexit n’assure pas au Royaume-Uni la possibilité de se réorienter vers le Commonwealth : en effet, tous les accents néo-impérialistes qui pourraient se manifester à Londres sont fort mal reçus dans le Commonwealth comme en témoigne l’accueil réservé à l’égard de l’initiative dénommée « Empire 2.0 ».

A l’orée du prochain Sommet du Commonwealth, il paraît donc difficile pour Theresa May, de déclarer que le Commonwealth permettra au Royaume-Uni de compenser la sorte de l’UE.