L’amitié franco-russe : un retour en trompe-l’oeil (BRET dans Les Echos)

Vignette de 1901 célébrant l’alliance franco-russe de 1901

Cyrille BRET – 20 novembre 2015

En 1901, la France et la Russie scellent une alliance contre un ennemi commun : la Prusse. en 2015, les relations entre la France et la Russie semblent se réchauffer suite aux attentats à Paris et au-dessus du Sinaï . La grande alliance historique entre Empire russe et République française peut-elle  être ressuscitée?

Retrouvez le texte sur le site des Echos : http://goo.gl/c1T9ku

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Dix jours pour ressusciter une amitié historique

En seulement une dizaine de jours, l’amitié franco-russe est passée du statut de cause perdue à celui d’axe stratégique. Du discours du président de la République devant le Congrès, le 16 novembre, à l’organisation de la rencontre entre François Hollande et Vladimir Poutine, annoncée pour le 26 novembre, l’Europe a-t-elle connu un remaniement profond de son réseau d’alliance ?

Plusieurs éléments le laissent penser. Les frappes aériennes coordonnées sur Raqqa et la convergence des groupes navals français et russe en Méditerranée jetteraient les bases d’une coalition unique en Syrie. Les deux pays viennent d’être frappés par le même fléau, le terrorisme de masse. Et ils ont les capacités militaires et diplomatiques de mettre fin à la compétition entre coalitions en Syrie, de forger un front uni contre le terrorisme et de traiter les causes des crises migratoires européennes.

Certains entrevoient là un pivot stratégique. En France, de plus en plus de responsables politiques promeuvent un rapprochement avec la Russie : pour les uns, il s’agit d’un mal nécessaire dicté par les attentats du 13 novembre ; pour les autres, il s’agit d’une réorientation de l’action extérieure de la France plus autonome de l’OTAN.

La fin des différends ?

La force des menaces terroristes et l’ampleur des défis migratoires, tout aplanirait les différends récents entre la France et la Russie : cycle de sanctions européennes et de contre-sanctions russes, annulation des contrats sur les deux BPC Mistral, etc. Les relations franco-russes retrouveraient en Syrie leur centre de gravité historique trouvé en 1901 et prolongé par le général De Gaulle : une alliance entre Etats complémentaires et soudés par des intérêts stratégiques communs.

Ces perspectives sont revenues rapidement sur le devant de la scène : elles permettent aux autorités russes de donner le tempo concernant les négociations de Vienne et de sortir de la tension avec l’Ouest ; au gouvernement français, elles permettent de manifester la plus extrême rigueur dans les actions contre les attentats du 13 novembre.

Les limites de l’alliance

Toutefois, ce rapprochement tactique risque de trouver rapidement ses limites.

Dans la conduire des opérations d’abord : l’interopérabilité des systèmes de défense français et russe est loin d’être évidente : la Russie n’a pas adopté les standards OTAN nécessaires aux coalitions internationales. De plus, la tolérance aux pertes civiles est bien différence à Paris et à Moscou.

Dans le traitement de la crise syrienne ensuite : pour Paris, la crise syrienne découle d’une guerre civile résultant des révolutions du printemps arabes qu’un changement de régime et une transition démocratique pourront seuls résoudre. Pour Moscou, elle résulte d’une insurrection orchestrée par les puissances sunnites via des mouvements djihadistes. En conséquence, seul le maintien d’un pouvoir alaouite pro-russe et pro-chiite est acceptable.

Dans les réseaux d’alliance : la Russie veut profiter de la résurgence de l’Iran comme acteur régional. La France, elle, anime un réseau d’alliances sunnites cimentées par la peur de la République islamique d’Iran.

Sur la scène internationale enfin : l’Ukraine est une pomme de discorde qui ne peut pas passer au second plan durablement. Moscou cherche à installer un « conflit gelé » dans le Donbass afin d’affaiblir durablement le gouvernement ukrainien et empêcher une extension de l’OTAN et de l’UE à ses frontières ; en revanche, Paris tient à bout de bras le gouvernement de Kiev. Il en va de la cohésion avec la Pologne et les Etats baltes. En cas de retour de la crise ukrainienne, l’axe Paris-Moscou sera rapidement éclipsé par le Triangle de Weimar (Paris-Berlin-Varsovie).

Le retour de l’amitié franco-russe risque fort d’être un simple trompe-l’œil, un village Potemkine.

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