Sport et politique en 2018: les JO en Corée et la détente entre Nord et Sud (2/4)

Alors que la Corée du Nord et la Corée du Sud sont engagées depuis peu dans un mouvement de détente, le Pays du matin calme s’apprête à accueillir la XXIIIème édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver du 9 au 25 février 2018. Les sites principaux seront la petite ville de Pyeong Chang, la station d’Alpensia et la ville portuaire de Gangneung (cf. photo). Ils sont situés à environ 80 kilomètres  de la zone démilitarisée séparant la Corée du Nord et la Corée du Sud suite à la guerre de Corée en 1950-1953. Cette compétition a des enjeux forts pour le pays et pour la région.

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La première préoccupation du pays hôte sera la sécurité de la compétition et le comportement de la Corée du Nord. Utilisera-t-elle l’événement pour exercer une nouvelle pression sur la région ? Ou bien mettra-t-elle à profit la participation de ses propres athlètes pour tenter de se réinsérer partiellement dans la communauté internationale? Depuis le début de la présidence Trump, le régime de Kim Jon-Un a donné un nouvel élan à la course aux armements, déjà fort active dans la région. Il perfectionne la militarisation de ses têtes nucléaires grâce à une série de tests. Et il étend de plus en plus le rayon d’action de ses missiles menaçant le Japon et même le territoire des Etats-Unis qu’il s’agisse de l’île de Guam ou même de l’Alaska. De leur côté, les alliés de la Corée du Sud déploient des batteries anti-missiles, notamment THAAD, à proximité du territoire chinois et de l’Extrême-Orient russe. Face aux préoccupations des pays participants pour la sécurité de leurs délégations et face aux tensions sans cesse renaissantes entre les menaces nucléaires nord-coréennes et les déclarations belliqueuses de la présidence Trump, le premier objectif de la Corée du Sud sera de présenter le visage serein d’une compétition dont la sécurité est assurée. La trêve olympique, au moins partielle, tel sera le premier défi des Jeux.

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Deuxièmement, ces Jeux Olympiques seront l’occasion, pour le pays-hôte d’une indispensable opération de nation branding ou, plus exactement de nation rebranding. En bon français, il s’agit est de redéfinir ou d’infléchir l’image de la Corée. Le pays est familier de l’exercice. Cela avait déjà été le cas pour les Jeux Olympiques d’été de Séoul en 1988 : après une reconstruction rapide et une croissance forte sous la férule du général Park, il s’agissait pour la Corée de manifester sa prospérité et son intégration dans l’économie internationale.

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Aujourd’hui, l’image de la Corée du Sud est à infléchir : affaiblir l’équivalence, instillée dans l’opinion mondiale, entre Corée et prolifération nucléaire mais aussi matérialiser son softpower, tels sont les objectifs du pays. En effet, la Corée du Sud nourrit une grande partie de l’Asie de ses chansons, de ses séries et de son cinéma. Ainsi, le slogan choisi par les organisateurs illustre la volonté de la Corée du Sud de s’inscrire non seulement dans la révolution numérique mais aussi dans celui de la culture : « Passion. Connected ». Ce mot d’ordre rappelle la place de Samsung et donc du numérique dans le PIB du pays (25%). Mais il illustre aussi le fait que la Corée est un réservoir de représentations collectives très puissant.

Troisièmement, ces Jeux Olympiques souligneront à quel point l’Asie est un des grands pôles du sport international en devenir. Après les Jeux Olympiques de Tokyo (1964) et de Sapporo (1972) au Japon, de Sydney (2000) en Australie et de Pékin (2008), la Corée portera les couleurs de l’Asie au sein de l’olympisme et donc de la mondialisation du sport. C’est la signification du vote du Comité olympique international en 2011 : Pyeongchang avait été préférée à deux villes européennes, Annecy et Munich. Sa victoire avait été nette, avec 63 voix sur 95. Si le monde économique a déjà pris son centre de gravité en Asie du nord, le monde sportif est, lui, encore polarisé en Europe et en Amérique du nord.

Course aux armements en Asie, emballement nucléaire nord-coréenne, vicissitudes stratégiques de la présidence Trump, tous ces éléments se cristalliseront dans la compétition de février. Sous les magnifiques images des montagnes coréennes, la politique régionale sera à scruter.

Demain : le Brexit s’invite aux Jeux du Commonwealth 2018…

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