#FRAMOL Géopolitique et football en Moldavie (DURRIEU et PARMENTIER pour Les Echos)

Josette Durrieu et Florent Parmentier publie une tribune pour Les Echos, accessible en intégralité ici.

Le football est d’essence géopolitique. Cette conviction que le géopolitologue français Pascal Boniface partage dans plusieurs ouvrages s’avère également vraie pour l’adversaire de l’équipe de France de football, à savoir la Moldavie, et ce à trois niveaux : celui des lieux, des capitaux et des identités.

Si le football s’est diffusé à partir du XIXe siècle depuis les ports internationaux connectés au capitalisme anglais, il est important de rappeler que la Moldavie est aujourd’hui un pays enclavé, coincé entre la Roumanie et l’Ukraine, après avoir été un territoire ottoman, russe (1812-1918), roumain (1918-1940) et soviétique (1945-1991).

Le premier match est donc intervenu lorsque Kichinev faisait partie de l’empire tsariste en août 1910. Si Chisinau, la capitale, concentre environ un cinquième de la population, ce pays inclut également une région séparatiste à l’Est, la Transnistrie, qui abrite dans la clandestinité un énorme stock d’armes. Indépendante de facto depuis 1990, elle souhaite rester dans l’orbite du monde russe. Précisons qu’à Tiraspol, la capitale, le groupe Sheriff, pour nécessité de blanchiment, a édifié sur 40 hectares l’un des ensembles sportifs les plus grandioses d’Europe.

A une échelle plus locale, le stade Zimbru à Chisinau – Zimbru signifie « bison » en roumain (les derniers spécimens sauvages ont disparu au cours des années 1920) – a été construit en 2006. Ce stade modeste de 10.500 places où se déroulera le premier match Moldavie – France a auparavant accueilli un concert du groupe The Scorpions en 2010. En dépit de sa taille modeste, il est conforme aux exigences de la Fifa et de l’UEFA. Ce stade accueille deux clubs importants du championnat moldave, le Zimbru qui a remporté 8 des 9 premiers titres du championnat moldave depuis 1992, et le Dacia.

Petite nation du foot

Pays indépendant depuis 1991 et la dissolution de l’URSS, l’Etat moldave a dû s’adapter à la mondialisation. Dans la difficulté, puisqu’en matière d’évaluation du PIB comme de classement de la Fifa, la Moldavie traîne dans les profondeurs du classement. Qu’on y songe : les vingt clubs de la Ligue 1 française pèsent l’équivalent de 25 % du PIB moldave !

Etonnamment, le club moldave le plus riche se trouve donc aujourd’hui dans le territoire séparatiste de Transnistrie. Et le paradoxe veut que le Shérif Tiraspol monopolise les titres du championnat national ces dernières années, 17 titres depuis son inscription dans le championnat en 1998-1999 ! Seule une autre ville, outre Chisinau ou Tiraspol, a remporté le championnat, en 2014-2015 : Orhei. Mais le Président est le trop célèbre oligarque et maire Ilan Shor, impliqué dans le scandale du siècle du « milliard volé » (2014). Ce scandale bancaire a entraîné des manifestations de masse et nourri beaucoup de doutes de la part des Européens sur la capacité des Moldaves à réformer leur pays et à maîtriser la corruption.

Le football n’est donc pas simplement la « continuation de la guerre par d’autres moyens » (Clausewitz), mais un lieu de convergence dans un pays divisé par un conflit séparatiste non-résolu depuis le cessez-le-feu intervenu en 1992, avec en même temps une volonté de Tiraspol de développer son « soft power » au sein de la Moldavie et de l’Europe.

Blason

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Josette Durrieu , sénatrice honoraire, et Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po et chercheur-associé à HEC, prépare la sortie de l’ouvrage « La Moldavie à la croisée des mondes ».